« Il est grand temps de rallumer les étoiles. »

mercredi 19 mars 2014

Toi et, ou. Moi. Tu, moi. Nous. L'entre-deux. Quatrième acte.



Abstraction IV.
Contrainte : Soit une actrice a un trou de mémoire dans son texte et décide d'improviser en s'adressant au public. Soit elle passe par hasard sur scène et s'adresse au public.
Perte de mémoire, improvisation. 


- J'voulais te dire. Tu sais pas, toi. C'est un masque. Un jeu. Rien de plus. 
Quand je te parle je m'oublie. Et j'oublie que je m'oublie quand je te parle. 
Tu vois, c'est comme ça. Tu attends beaucoup de moi. Tu juges mon jeu, mon masque, tu critiques ma perruque, ma couche de maquillage, ma robe pas assez serrée, et pourtant, tu ne sais pas. Tu ne sais rien. Alors quand je te parle je m'oublie. 
Et je ris. 
Mon jeu à moi c'est donner l'illusion. C'est un peu comme un tour de magie. Je donne l'illusion de bien jouer alors que rien ne va dans ma vie. Tu ne sais rien, tu vois. Rien. 
Je ris. Bien sûr te parler encore, là, à ce moment, me fait oublier qu'à la fin, au baisser de rideau, le masque se décollera, le maquillage dégoulinera, la perruque tombera et la robe glissera, et je serai nue, totalement nue, faible, sans défense, abandonnée, tremblante, nauséeuse, sans aucune larme à pleurer parce que je t'aurai déjà tout donné. 
Tu ne sais rien et pourtant moi je te connais comme si je t'avais créé. Je sais quand tu riras et quand tu t'indigneras. Et à quel moment je te ferai pleurer. Je sais que tu t'ennuies parfois, que tu bailles ; je te vois, je te sens, tu es là. Tu es là et moi je ne suis que l'illusion de ce que je ne suis pas de ce que je ne serai jamais. 
C'est un jeu. 
Rien de plus. 
Je ris. 
Je m'oublie. 
Là, devant toi. 
Faux-semblants.

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