Abstraction III.Contrainte : Décrire un lieu qui nous est cher, d'une manière très personnelle.
C'est le trajet qui me fait le plus flipper. La Rochelle-Paris, Paris-La Rochelle.
C'est un lieu bien unique ce TGV, et à la fois, multiple. Je connais chaque fragment de paysage. En Été, en Automne, en Hiver. Au Printemps.
Je les connais par coeur. La couleur de l'herbe, des champs, les sillons des nuages, la pluie qui bat la double-vitre. Je reconnais les sièges bordeaux et gris ou orange, et le bruit du train qui crisse sur les rails rouillées.
Je sais qu'en voiture quatorze, c'est la voiture du bar, et que de l'autre côté, c'est le coin de ceux qui sont friqués.
Je me souviens du nombre d'éoliennes qui tournent et de celles qui ne fonctionnent pas, des enclos à vaches et des pâturages ensoleillés, ainsi que les longs tunnels qui bouchent les oreilles. Le nom des gares, les vieilles bâtisses abandonnées, la couleur des tags et l'odeur des plats chaud de la Société Nationale des Chemins de Fer le midi. Je reconnais aussi l'odeur des chips, des sandwichs jambon-beurre que les gens dévorent et qui me font gerber.
Ce trajet-là, c'est toujours celui de l'inconnu et celui que je connais. Il m'emmène vers ce qui me fout la boule au ventre avec le sourire. Il me ramène en larmes, mais soulagée. Trajet de l'enfance, de l'adolescence, trajet d'aujourd'hui qui se raréfie.
De gare en gare, là où je vais, sans y aller.
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