J'écoute de l'opéra. Au-delà du silence qui règne dans la froide demeure, le piano prend toute son intensité. J'ai la tête qui se noie parmi les voix aiguës, j'ai les joues creuses, mon teint blême, je ne cesse d'être vide, vide de tout sens, je suis anesthésiée, je ne pleure plus.Je ne pleure plus. Je suis vide, vide de tout. Vide de souvenirs. Vide de ce passé que je n'ai jamais compris et qui m'a trompée.
Je ne pleure plus, je suis vide, vide putain, vous avez fait de moi un robot, une larve, un non-être exécrable. Incapable de raisonner, incapable de sourire, incapable de vivre et d'avoir de l'ambition. Je ne vous en veux pas. Je ne ressens rien si ce n'est ce trou béant qui s’agrandit et m'appelle.
Trou béant qui s'agrandit. On m'appelle dans les ténèbres.
C'est l'enfer dans ma tête, c'est l'enfer partout, partout, je ne pleure plus, mes yeux sont secs comme de la poussière, rougis par la fatigue et ternes comme les nuits noires où il n'y a plus d'espoir. Qu'est-ce qui fait l'humanité ? A partir de quelle limite un corps devient mort-vivant ?
Quand nous ne ressentons plus rien.. Je ne ressens plus rien. Et je suis devenue un monstre, incapable d'aimer, de détester, incapable de jouir, vide, invisible et inaccessible.
Je suis anesthésiée. Je ne pleure plus. Je suis vide. Vide.
Effacée. Je suis un robot. Je marche sans conviction, j'écoute sans conviction.
J'erre dans un monde où il n'y a plus de lumière.
Vide.
les rires incessants les voix envieusesle soleil qui luit la chaleur le ciel bleules oiseaux qui volent et tournoient au-dessus des têtesla mer les vagues l'écume qui éclabousse
les champs de blé
les arbres vertigineux
l'enfant des photographies qui sourit
la mère le père
le frère les soeurs
les demi(e)s
les personnes qui prennent des nouvelles qui s'entêtent
les partages le plaisir
les efforts
vain
la vie s'éteint
s'effondre
s'enterre
la vie
s'immobilise
s'arrête
de palpiter
la vie
ne vit plus
la vie
est
morte
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