« Il est grand temps de rallumer les étoiles. »

mardi 22 juin 2021

brouillard assourdissant



2 novembre 2020
je suis le fluide et la lenteur


tu dis que t'as pas peur la nuit
la nuit on embrasse les fantômes
les monstres embrasent les planètes
et tu prends forme dans le feu crépitant

(automne a goût de soufre ;
anoxie dans corps saccadé)



 
11 novembre 2020
cette nuit j'ai
après le sursaut
ouvert les yeux et aperçu la
marée opaque grandissante
les orangés nocturnes devenaient blêmes peu à peu
il faisait noir–tamisé
noir–pas–tout–à–fait
il faisait très tôt ou trop tard mais approchant lentement du petit matin

je me suis rendormie en pensant
peut-être que demain, la ville sera engloutie
et ça m'a fait sourire

au second clignement des paupières, la ville est particulièrement silencieuse
seuls les travaux des voisin-es résonnent
et le sifflement de leurs becs
emmitouflés au-dessus du balcon
je sens le froid d'un matin d'automne sur peau–bosselée et l'odeur du café

les solitudes




23 novembre 2020

Elles ont embrassé tes paupières une à une

étreint tes rêves, serré si fort, l'emprise

autour de tes lèvres

elles ont

balayé les soupçons

construits des murs faits de ruines et de briques et de lierres

elles

ont aspiré toutes les chutes et le fracas du poids de ta carcasse

tendrement

cerclé les contours de ta mémoire

dissocié ton enfance de tes espoirs

tu les ombres bruyantes s'agitant dans le noir


mais chaque rue possède un nom et chaque corps possède un cœur

et chaque maison possède une âme et chaque amour les possède


haine et peur

elles ont scellé le temps, banni les trêves, inondé les semblants de joie dissocié ta structure


sous la peau fine peau s'agitent les globes oculaires

droite gauche droite gauche droite gauche haut

– dessus

tu sens la froideur déjà venue tant attendue

des limites infranchissables ; et tressaillir de repos


un corps se sait un corps retire

bas gauche droite gauche droite gauche droite gauch–et ça n'en finit pas


on dit le cercle toujours le cercle

celui qui brise celui qui déforme celui qui cède et celui qui barrière

et elles étaient là, chevauchant les images perlées de lumière et d'obscurité


si tendres avec ta chair

si faciles à gravir

elles ont

tout

aspiré


il n'y a plus que les traces de leurs bouches sur les paupières déjà fermées

on dit les petites morts

tu dis

mes morts m'ont emportée


et la boucle s'est refermée





24 novembre 2020

il est 6h moins dix

la personne faisant le ménage les mardis toutes les deux semaines dans les parties communes est là ; le balais cogne contre les plinthes portes murs marches d'escaliers rituel invisible que j'imagine à chaque petit matin de sa venue parce que souvent elle me réveille, mais elle n'y peut rien - je veux dire, c'est un boulot ingrat, des horaires ingrates parfois c'est compréhensible d'avoir envie de réveiller le monde à coups de balais et serpillère dans les portes
le bruit du sceau qui traîne, qu'elle pousse du pied
rituel
oui
parfois j'aimerais lui ouvrir et lui offrir du café
mais pour avoir fait le job ingrat de nettoyer la crasse d'autrui, les horaires sont strictes et vérifiées
fucking sad world

j'ai dormi un peu en début de nuit et puis il y a
eu ce cauchemar
et la tachycardie
classic shit

ça fait des heures que je tourne en rond et mon cerveau dysfonctionne comme un disque rayé y'a plus de solution pour apaiser les battements alors j'écoute la personne faisant le ménage faire les étages un à un je les compte, devine à quel étage elle en est
ça fait sortir de la torpeur

et fait office de musique à la violence
piano rouillé sur fond d'apocalypse




26 novembre 2020
(ailleurs plutôt qu'ici)

j'entends le ressac de l'eau –
céans s'ouvre
les promesses chuchotées
dehors ; autre chose (jamais semblable)
fenêtre sur Tours solaire
j'entends le glissement de l'estran vers marée haute

capter lumière plutôt que peine
avec tes dents du bonheur et le coquillage à l'oreille
dedans ça bourdonne salin ça nacre et chante
et doucement envahit l'espace de

puis le balcon
après le cri des dernières mouettes tard dans le ciel
tu as laissé rouler l'écume
et j'ai sablé
les derniers
remparts

château éphémère




4 décembre 2020

étoiles rouges sur ma peau, encore

une semaine un mois des milliers d'années
la tête est lourde mais tout semble si paisible
sous la tempête
le visage pleine-lune




13 décembre 2020

et on ne garderait que les fous rires

entre deux taffes de clopes
(puisque le monde s'indiffère,
soyons désinvoltes)




20 décembre 2020
aucune lumière pareille à mes
paysages d'enfance



avec ma sale gueule
les yeux creusés de trop de sueurs torpeur stupeur
iels disent
que je ne fais pas mon âge
mademoiselle me dit-on
oh, pardon
je pensais que vous étiez toute jeune

je leur ai dit
si je pouvais, je me
recroquevillerais au point de
disparaître

iels disent
ainsi va la vie
c'est bien de faire plus
jeune

je leur ai dit
j'aurais aimé ne pas être
aussi fatiguée qu'une
personne qui a vécu
des siècles de marées

iels ont dit
silence

et puis j'ai soupiré ;
et on est parti-es, moi et ma
sale gueule constellée
d'étoiles rouges mortes-nées




21 décembre 2020
marcher
dans la
tempête



mon école maternelle a bien changé
depuis
le petit âne et sa cariole en
bois ont
disparu
des nouveaux jeux
plus classiques
sont apparus

mais je me souviens

l'école élémentaire juste
à côté, où j'ai fait mon
année de CM2 après trois
longues années à Paris

les autres enfants (qui étaient avec moi
en maternelle) se moquaient
de mon accent "parisien"
mes r étaient il paraît très
prononcés

ici ;
rien a changé

et la maison qui n'est plus une maison
dans laquelle les silencieuses ont pris
forme, le temps d'un hiver
les inconnu-es imprègnent les murs
toujours blancs, les murs
au fur et à mesure

j'y ai emmené l'amour une fois
c'était un autre temps
fait de sable dans les godasses et de
chocolats sous l'épaisse couette orange




24 décembre 2020

un champ de bataille




au loin
mon ancien quartier
et un feu d'artifices sauvage

au-dessus
Orion, la lune
et les étoiles froides du début de l'hiver

fumée de cigarette
et ombres dans la nuit claire




4 janvier 2021

tu as plus de mélancolie que mille siècles assemblés

jamais linéaire

toujours en dents de scie et cerclée de bleu–violet


les monstres se réveillent au bruit strident du passé et les mâchoires se serrent davantage

sur les mots tes oublis


tu as plus de force que mille météorites striant l'atmosphère

jamais brisée

toujours fière


les monstres se lèvent et s'emparent des derniers espoirs

le corps–caverne difforme que vous avez créé regardez-le comme il est lumineux


astre fait d'ombre et de merveilles

toujours en vie


tu marches sur les fils qui ont tressé la douleur et un à un, tu les décomposes

laine effilochée en pagaille et sans ardeur


tu n'as pas eu beaucoup de rêves

sachant déjà l'ampleur des dégâts

et ceux espérés n'ont jamais grandi

avortés aux paroles maudites


tu rampes et coules et marches et voles comme un monstre–cage

informe et déformé mais pas éparpillé


plié courbé

avant, brisé


éclats de verre et de soucis

à présent

puzzle–cicatrices aux images d'enfant


si tu n'avais qu'un rêve il serait de ne jamais perdre ça ;

le joyau tenace de ce qu'iels ont piétiné





28 janvier 2021

je veux encore la trance

l'extase la sueur les corps
moites et chauds et la
magie tout autour




17 février 2021
ensuite, les règles
et tout est un désordre

nuit courte
étoiles rouges

douleur dans l'entièreté du corps

les oiseaux réveillés
les voitures aussi
et le jour semble se
lever violet

ou gris
mais sans aucun soleil




19 février 2021

(et je sais que toutes les routes que nous emprunterons nous éloigneront toujours et nous relieront comme de tes yeux à mes yeux de tes cheveux à mes cheveux de ta voix à ma voix de ta bouche à ma bouche de ton sang à mon sang

à quoi bon encore me confondre de larmes
quand les voyages me ramènent
indéniablement à toi et me
rappellent qu'il faut fuir)




28 février 2021

j'attends le retour du printemps et du soleil

au creux du cou j'attends la douceur du
dehors et de l'ardeur dans la tignasse
ici et ailleurs
la lumière dorénavant
sortir de la torpeur

peu importe l'après
embrasons-nous encore attisons le feu
jusqu'à la mort




4 mars 2021

il y a le

silence et puis après c'est
encore le bout du rien du tout
du tout

seulement au-delà de la porte,
fenêtre balcon
ton reflet semble s'extraire à
lui-même




14 mars 2021
on dit que le hasard a goût de destin et chaque fragment de lumière s'inscrit dans chaque pliure de nos peaux (au coin des yeux rieurs, sous les côtes et sur les flancs et nos hanches trop hautes)
on dit qu'un jour il y aura de quoi vivre et accepter

mais j'ai cherché partout tu sais
c'est rude de trouver les joyaux qui nous relient

j'ai cherché partout et je croyais, comme les rivières qui coulent à l'envers
comme les blés après la moisson
et les cieux pastels rappelant chaque talisman – veilleur-ses de nos espoirs

sur tous les chemins, hargneux et en cavale

mais je n'ai rien trouvé
seulement un goût de déjà vu, doux–amer comme les voyelles de nos prénoms

et la sensation d'avoir trouvé la clé
s'est évaporée

wawa ; as-tu dit
je continuerai d'avoir assez de force pour mille et je tairai le reste, cachée dans la pénombre de ton oubli




16 mars 2021

le tumulte des nuits sans fin ; après le

premier soupir tourner le dos à la lueur pale
sans savoir que dehors aucun soleil ne s'est
levé pour la énième fois
quand le corps était disposé à glisser, la ville
s'était déjà estompée

figée grise entre le trop sombre de la nuit
nuageuse et le trop clair du
presque-printemps

est-ce un jour pour le point de non-retour

après ça
aucun lien ne sera similaire




22 mars 2021

toutes les lueurs du monde finiront par

mourir

de même que les lucioles de mon enfance


le vent dans la tignasse, les vagues, les bourgeons


ton sourire aurait eu goût de café





15 avril 2021
j'apprendrai toutes les formes de colère et puis d'amour puisque les formes premières des amours et des colères passées sont devenues désuètes et dénuées de sens avec le temps et le saccagé de l'histoire de la [re]construction et puis aussi j'étofferai les apprentissages et les passions et les désirs sains pour pallier au reste qui n'est plus puisque le reste est synonyme de néant et que c'est dans le néant que tout m'a emportée alors pièce par pierre j'égrènerai les différentes terres pour comprendre et un jour peut-être si seulement après tous ces apprentissages-là la terre aura teinte lumière éclairant le calme d'un futur plat sans bosse seulement les ondulations de ce qu'on pourrait appeler l'écho des collines et des vagues après le dernier ricochet de la mémoire




23 avril 2021

de ce qu'on peut appeler sacré il y avait le rituel d'embrasser tes

paupières


une à une

membrane fine sous

lèvres amoureuses (ce doit être la jonction de l'amour et de la joie heureuse)

puis de chaque côté faire le contour de ton visage – sanctuaire

sillonner les rires sous tes cils

et m'attarder à


il y a le glissement délicat de tes clavicules que j'épousais chaque jour, chaque nuit

et celui du creux de ton cou vers ma bouche


de ce qu'on peut appeler rituel et qu'on nomme passion,

il m'a fallu du temps pour comprendre que ces amours heureuses ne peuvent survivre dans le temps s'il y en a une qui chancelle


et quand la flamme s'éteint (il suffit d'un coup de vent)

le rituel gèle toutes

commissures


et tes pupilles ont regardé ailleurs où je n'étais plus

et l'ailleurs

est devenu éternel


de ce qu'on peut appeler rituel désormais étreinte brisée

il y a les secousses passées de la trop vide cage

pli sur pli supplie surplis supplice de ce qu'ont porté les astres


et du poids de l'héritage en sac-à-dos





28 avril 2021

Est-ce qu'une vie vaut la peine d'être vécue

sans toi à mes côtés
as-tu déjà fait partie de ma vie
quel est ce moment où tout a basculé dans
l'irréversible
est-il possible d'être fier-e sans toi
fais-tu partie de ma fierté ou es-tu ce pour quoi
je me bats
es-tu toujours là
quelle est la dernière fois où tu m'as pris-e dans tes bras
la dernière fois que tu m'as dit je t'aime
la dernière fois que tu as été fier
la dernière fois que je ne t'ai pas déçu
j'm'en rappelle pas
j'm'en rappelle pas




4 mai 2021

les nuits entremêlées

et le cou bloqué à l'aube

dehors la pluie s'agite
à clapoter
dedans tout en suspens
jour gris souri[re]s
envolé-es

longer les replis de tes draps




15 mai 2021
la pensée saccadée
silencier les peaux fatiguées




18 mai 2021

je n'ai pas de souvenir très précis de cette année écoulée il semblerait que je sois sortie du temps ou que le temps s'est égaré il n'y a pas eu des hautes vagues et des marées basses et parfois la Loire a débordé mais le temps s'est extirpé de son lit et n'a plus jamais décompté

être hors-temps hors-champ être hors du monde et au bord les nuits courtes passées à guetter la lueur les matins poreux où je ne vois pas défiler les heures les journées médiocres à jongler les cafards entendre la tempête dehors ne pas écouter celle du dedans et parfois

parfois y'a des sourires qui glissent sur ta peau comme avec le soleil mais ça ne suffit pas parce que les horreurs dissipent les sensations parce que les violences ramènent aux vagues trop hautes et aux marées trop basses et qu'entre temps on n'entend plus le ressac

j'ai baissé doucement le traitement mais cette vie indéniablement est aussi engourdie que les rêves embués et il faut parfois compter les heures qui m'éloignent des sourires compter les grains les secondes qui rapprochent de la tempête et après ça encore après il resterait seulement le silence et le goût salé d'une brise marine au petit matin


et le petit matin recommencerait comme ceci

je n'ai pas de souvenir très précis il me semble qu'on a flouté nos vies et aussi toutes nos morts





24 mai 2021

il y a les jours muets mués et les jours [sans] et aussi les parallèlement à toi

ces temps-ci il y a la tempête

et surtout

surtout

le feu au ciel

ça fait crépiter le cœur–cage


et ça réchauffe un peu la carcasse





15 juin 2021
la trêve et le fracas



le vent dans les paumes
et sous le short suant
pastel délicat dans ciel strié et peuplé d'ailes

tard dans le jour il y a eu le constat
je n'ai plus d'amour et d'amour il n'avait goût que de toi
tu portais le nom d'espoir et j'ai tu l'ambivalence
entre-deux tempétueux j'y ai trouvé le souffle sans calmer le
torrent

mais sur le tard du jour ancien il y a eu ce constat
je n'ai plus d'amour et d'amour il n'y a plus rien de toi
les mouettes rieuses aux éclats
moiteur des peaux chauffées

le corps informe informé de l'absence et du gouffre : il faudrait
alors apprendre à vivre sans échasse sans béquille sans tes bras
en-dessous,
pour retenir le trop de moi

déborder c'était courant mais toujours au milieu il restait un peu
de
après le café du matin faire taire le tambour écouter le piano et
c'est la valse
valse valse

j'ai troqué un jour mon amour pour l'état stagnant des marées
trop basses
marcher dans sables mouvants vase agglutinée aux pieds qui ne te suivent plus

tard dans le soir il y a eu l'allumage des étoiles et des planètes et
comme pour dire à chaque ambivalence soyez fier-es
et moi
tard dans le jour ou la nuit j'ai cessé de dire ton nom
me taire te taire tuer l'amour et jamais plus connaître le goût de l'odeur du café sur ta bouche mêlé à nos parfums

parfois
je me remémore ce constat
des tristes errances à tenter d'exister pour toi mais jamais pour
moi
et puis ;

laisser filer les années parce que tu vois ça y est
j'ai commencé à savoir à peu près marcher
(et il y a huit ans, ces mots « j'ai compté plusieurs fois mais j'ai toujours perdu le fil, comment ont fait les funambules, n'ont-iels jamais chuté » ?)




18 juin 2021

donc ;

il y a de ça la nuit un peu de bruit chuchoté pour éviter les
cauchemars
de la pluie sur les feuilles de mes plantes je les imagine boire grandir avec une légère crainte qu'elles meurent (la mort n'est jamais loin)
la chaleur étouffante j'ai trouvé réconfort dans un linge humide
confondu à mes draps
et ça déchire le ciel ça gronde les derniers appartements
allumés jusqu'au tard

seulement les plics plocs imprègnent le sommeil et transforment
les minutes en heures

au petit matin il est déjà trop tôt pour endormir l'insomnie




27 juin 2021
j'ai dit
ta bouche sur la mienne là
ta bouche dégoulinant de moi
ta langue giclant entre mes doigts
tes cheveux tenus avec rigueur
trempés dans la sueur
— était-ce la mienne ou pas

tu as dit
mes dents succion la moindre parcelle de l'épiderme
te remplissant de chair et de bohème
dents sur dans le creux et le tout
tes hanches plus grandes que mes hanches
entrechoquer le chaos avec la
douce aigreur de nos fluides

nous avons dit
encore de toi de moi de tout
vite et lentement et ondulé et saccadé
ta ma bouche je ne sais plus qui coule et qui aspire
et qui vacille et qui promet
quel séisme dans l'heure
toutes les promesses aux feux follets
et le ciel en apesanteur
dehors brûle après l'orage

et nous kérosène immortel.les




10 juillet 2021

à chaque mue

un jour
on découvre autre chose
un je-ne-sais-quoi

il s'agirait de défroisser la scoliose
toujours bancal.e toujours penché.e vers l'Est
le soleil

un corps - monstre en cage
pétri-corps à la trombe d'eau





19 juillet 2021

je te hais encore plus la nuit

ton cargo est fantôme
la falaise s'est dessinée (trop tard) au petit jour

mais déjà dans le corps
un raz-de-marée




25 juillet 2021

pourquoi serait-ce aux absent.es d'être absent.es alors que tu t'es absenté.e hors du monde

il y a quelques temps résumer le hors–temps hors champ des jours incertains quelques années depuis l'indicible vie à tâtonner les nuances de noirs et d'extases

à partir de quel échelle serait-ce la faute d'autrui et pas la tienne d'avoir construit les espoirs d'une famille quelle est-elle quels piliers quel modèle

était-ce le modèle commun des familles des copaines harmonieux et sans vague était-ce l'amour envieux des familles sans cavale

leurs je t'aime en virgule et leur bienveillance : point final

et toi ta virgule c'était le saccadé du souffle coupé et l'identité en lambeaux


qui es-tu qui es-tu murmurais-tu souvent

après le chaos il n'y a toujours pas de réponse mais leur absence à la tienne t'a donné une chance de survie


se retirer du monde était-ce cela qu'il fallait pour respirer

un endroit à soi sans amour sans désir et sans familiarité

un endroit pour te dire qu'iels te manquent mais que ce n'est pas une fatalité

un endroit pour grandir hors de la lâcheté


et les années passent (déjà deux après la fracture, trois après le chaos) les étés un peu moins étés et les automnes un peu plus lumineux


tu as bâti une vie nouvelle faite de remparts et de passerelles

- sous le pont, jaillit encore le torrent des séquelles





25 juillet 2021

pourquoi serait-ce aux absent.es d'être absent.es alors que tu t'es absenté.e hors du monde

il y a quelques temps résumer le hors–temps hors champ des jours incertains quelques années depuis l'indicible vie à tâtonner les nuances de noirs et d'extases

à partir de quel échelle serait-ce la faute d'autrui et pas la tienne d'avoir construit les espoirs d'une famille quelle est-elle quels piliers quel modèle

était-ce le modèle commun des familles des copaines harmonieux et sans vague était-ce l'amour envieux des familles sans cavale

leurs je t'aime en virgule et leur bienveillance : point final

et toi ta virgule c'était le saccadé du souffle coupé et l'identité en lambeaux


qui es-tu qui es-tu murmurais-tu souvent

après le chaos il n'y a toujours pas de réponse mais leur absence à la tienne t'a donné une chance de survie


se retirer du monde était-ce cela qu'il fallait pour respirer

un endroit à soi sans amour sans désir et sans familiarité

un endroit pour te dire qu'iels te manquent mais que ce n'est pas une fatalité

un endroit pour grandir hors de la lâcheté


et les années passent (déjà deux après la fracture, trois après le chaos) les étés un peu moins étés et les automnes un peu plus lumineux


tu as bâti une vie nouvelle faite de remparts et de passerelles

- sous le pont, jaillit encore le torrent des séquelles





28 juillet 2021

je t'écris la nuit le jour je t'écris l'amour et cependant je ne t'écris pas

dans les recoins de l'esprit les mots s'alignent et s'effacent je t'écris et j'efface je t'efface

il y a dans le souffle chaud de l'été la mélancolie des rires étouffés fous rires déjà passés usés comme vieille photographie

je t'écris au dos de l'image pour qu'elle colle à ton reflet mais rien ne vient tu ne viens plus et ma mémoire tente de te rattraper

j'ai écrit l'amour comme on écrit frénésie avec des et et des si mais quelle vérité sortirait d'une avalanche de souvenirs

lisse et sans odeur que la poussiéreuse pellicule a tardé à transformer

je t'écris encore la nuit le jour entre deux chiennes et louves et tes seins forment deux agonies parsemées de grains – sablés, beaux – tes cieux ont dissimulé le sauvage des secousses et tes lettres (ou les miennes ou les nôtres) se sont échappées


je écrit un.e autre toi

et parfois (mais seulement parfois)

je te retrouve dans la pliure d'une autre peau





9 août 2021
(mes impatiences à moi se sont calmées pendant trois jours
faits de douceur, de joie et de bruissements de faune et de flore
une nature en mouvements, chuchotant les saules, les vieux chênes, les oiseaux et les équidés

à la nuit tombée le ballet merveilleux des chauves-souris, tangant dans le tard du ciel
au petit matin, au-dessus de nos têtes elles étaient là, dormant dans les creux du bois
un peu de répit dans l'été trop froid)




19 août 2021

ce n'est pas l'océan au bout aucun rivage

mais ça grandit encore et encore et encore
pile à la jonction de
à ce moment précis où la houle se soulève et semble se détacher du
tout
puis soudain
l'écume

la jonction de tes doigts à la mouille




24 août 2021

j'ai pris l'habitude d'oublier qu'à chaque même période de l'année

tu finissais par partir
il semblerait que ce n'est plus moi que tu quittes et que tu
récupères selon les jours de joie ou de perdition

j'ai appris à vivre sans toi
tu as appris à vivre sans moi
mais toujours pas sans autrui




31 août 2021
tu marchais dans les champs de lavande
slalomant entre les bourdonnements d'insectes et le chant des cigales
le parfum de l'été pastel et chaud et vif
tu marchais dans les champs de lavande te souvenant des petites bourses de tissus entre chaque rangée de vêtements
au-dessus et en-dessous
les grains crissant sous tes doigts d'enfant

tu montais les marches larges de tes petites jambes te paraissant immenses aussi immenses que les bras de la mère
autour la flore aride du Sud ocré
au bout il y avait toujours
la pergolas où s'agitaient les sourires et la musique

bourdons et abeilles dont tu avais peur étant un tout petit
tu jouais avec les guêpes séquestrées dans les verres duralex et l'âge falsifié te rendait toujours plus fier.e malgré tes phobies fascinantes pour tout ce qui représentait un danger
à la cantine le buffet du petit matin où les céréales au miel s'étendaient à perte de vue
et l'odeur du lait chaud te donnait la nausée
s'il n'y avait pas au-moins-cinq-cuillères-de-chocolat à quoi bon et s'il n'y avait pas ces-petits-pots-de-nutella qui te permettraient d'appréhender la journée comme un grand et vaillant petit
les briques de faux jus toujours vides à l'arrivée tu disais souvent pourquoi les gens pensent jamais aux autres

tu courais vers le Kangoo gris et poussiéreux pensant y voir un visage familier
dealer avec ceci : tu ne dois pas déranger le travail d'autrui
tu les vois toustes belleaux et majestueux.ses et tu te réchauffes lorsque ce sont elles qui te sourient
déjà tu savais en silence la timidité des arbres aussi vaste que la tienne lorsqu'elles se rapprochaient de toi
leurs bras plus gigantesques encore que ceux des parents qui se sont atrophiés avec le temps

tu marchais dans les champs de lavande ne comprenant pas comment pouvoir capturer autant de particules de parfum
tu inspirais toujours si fort si fort si fort pour ne jamais manquer un soupçon de ces beautés

quand j'ai slalomé entre
tu es apparu.e dans mes pensées parfois
parfois je te souris pour pas que tu aies peur ou de regret

les regrets sont pires que les piqûres de guêpes
ils ne te laissent pas en vie

et toi petit prince du soleil
il y a longtemps qu'on t'a retiré le venin mais tu ne t'en es jamais aperçu.e

et moi, petit prince du soleil
je ne t'ai jamais laissé de répit




8 septembre 2021

et mon coeur tu

imploses au fracas des
jours en dent de scie




21 septembre 2021

quelque chose se

consume
et le déchirement ; un fracas
après les premiers rayons matinaux
et le froid du presque automne
le battement de la cage thoracique

vivre pour ces rencontres
ces merveilles
vivre pour partager et chambouler, être secoué.e
sentir que ça décante
qu'il y a toujours un avant, un après
et l'entre-deux chancelant

quelque chose se consume
ça brûle sous la peau
incandescent.e et fier.e

tes yeux ont souri à l'ambre ; et l'ambre s'est amplifiée





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