17 septembre 2019
(peux-tu entendre le bruit de la nuit ?)
C'est beau les lumières de la ville ; tu les as regardées s'éteindre peu à peu, les rues orangées par les lampadaires alors que le ciel a pris la teinte bleutée de la gibbeuse
des heures menées par l'insolente mélodie des insomnies
ça martèle le crâne, ça tétanise les membres
tu as passé cette rentrée tout sourire rempli d'angoisses
les peurs te reviennent parce que c'est la dernière année
comment arriver à te dépasser sans flancher
tu te revois une année en arrière bouffée par le chaos et remplie de larmes
tes démons ne sont pas partis ils dansent la nuit comme les feux follets
et ton reflet s'est épaissi tes cernes se sont creusés
il n'y a plus d'amour
seulement la douleur des amours passées
reprends ton souffle ; l'aube s'est mise à briller sur l'horizon
9 octobre 2019
comment peux-tu encore respirer
Tu marches de travers dans ces rues remplies de crasse
les gens feignent de lever la tête mais ça ne se regarde pas, ça ne sourit pas
parfois ça parle mais beaucoup trop fort
une sorte de bourdonnement intempestif qui fait vibrer les os de ton crâne
tes fantômes ont trouvé refuge entre tes côtes ; à chaque respiration, ils hurlent à l'abandon
comment pourrais-tu les abandonner toi qui ne peux plus vivre correctement
chaque séance est un exorcisme et plus tu essaies plus tu te perds dans les ténèbres
ils ont parfois un visage et des prénoms surgissent de nulle part
pourquoi as-tu cette mémoire sans faille
celle qui est apte à te dire s'il faisait beau et quelle douceur avait la brise lorsqu'on t'a fracassée
si brise il y avait
tes paupières ne supportent plus le poids des cernes
ta peau devient aussi fade que le ciel automnal
parsemé de feuilles rouges
les cicatrices ne partent plus les physiques les celles qu'ont ne voit pas
mais qui font encore du bruit dans la nuit
et qui te secouent de toutes leurs forces pour te rappeler qu'elles ne s'effaceront pas
tu demandes à ton cerveau de faire une pause – de reprendre le souffle
mais y'a plus d'oxygène
c'est comme ces jours où il fait si froid que ce dernier te paralyse et alors c'est comme si tu buvais une eau remplie de glace ça gèle la trachée et ta cage thoracique devient sanctuaire de toutes tes angoisses
automne déjà sur tes lèvres
il restait encore un goût de toi
l'été déjà loin
où s'en vont les souvenirs des oublié-es ?
10 octobre 2019
Et le chant de la mer a englouti les rivages
cette fascination pour les failles, les séquelles du temps ; ce qui ne part pas, jamais
ce qu'on appelle strates et qui, de beautés incertaines, deviennent paysages sinueux et merveilleux
cette fascination pour la terre qui saigne, pour la pierre qui brûle
sel magique déchaîné a fait couler la lave
des torrents de larmes
là, sur les rochers
les sirènes murmurent parfois le souvenir des marins
– fossiles anciens au couleurs de l'automne
ou du soleil d'été
27 octobre 2019
Cette mélancolie submergeante à chaque automne passé
les fantômes de l'enfance traînés comme des boulets
pieds et mains lié-es, avec une enclume dans les entrailles
Arbres déjà effeuillés dehors ; l'ambre jonche le sol encore mouillé des matins trop brumeux
31 octobre 2019
Automne parisien
(et les souvenirs sont restés coincés entre les feuillages)
2 décembre 2019
(et l'automne finit par s'échapper au profit d'un hiver déjà trop froid)
22 décembre 2019
de Tours à Paris
les doutes familiaux
28 décembre 2019
de Lingreville à Tours
(et longtemps j'ai rêvé de visiter Granville et Jersey pour le groupe de musique et leur chanson
une sorte de rêve d'ado qui a vécu ce mois de décembre ;
le premier jour à Granville, et hier le dernier à Jersey
bateau tanguant sur mer agitée
À un de ces quatre, la Normandie
Prenez soin de vous)
10 février 2020
Peau–rituelle hivernale et saccadée
Tu patientes jusqu'à l'aube mais le jour tarde à se lever
la tempête s'engouffre dans les commissures des fenêtres ;
sifflement incessant et spasme nocturne
quelque chose se
dérobe
puisque tu sais qu'aucun soleil ne résiste à la terrifiante nuit qui s'abat en toi
dehors traîner la carcasse
dedans étreindre l'angoisse
un à un, les petits confettis rectangulaires disparaissent blanchissant les lèvres et défiant les monstres des rêves
Tu as falsifié tes nuits et tenté de déjouer leurs pièges
le vent est pareil à ta peau
sec
et confondu de larmes
24 mars 2020 - day VIII
ta peau saccadée
a perdu
le parfum de leurs chairs
printemps semblable au tragique automne
25 mars 2020 - day IX
Mon corps est une cage
and all they can say
take a breath
keep cool
it's okay baby
ton ombre sur les murs
sur le sol, sur ta propre peau
que tu gaves de soleil comme si ta vie en dépendait
te ramener à la noirceur de ce qu'il y a à l'intérieur
ça tambourine
« hello, I'm here »
laisser le monstre envahir l'espace
submergée par les cauchemars, les nausées
mais c'est ton propre reflet
là, qui grimace
déformant ce semblant d'enveloppe corporelle
quel corps ce monstre
il grandit, grossit
fait des bosses dans la tête sur les tempes dans la cage thoracique
Boum, boum
« I'm here, baby »
c'est l'enfance – avortée
c'est les rêves qui disjonctent
c'est toi et toi seule perdue dans ce miroir
et tout ce qui est resté figé dans la trachée
où es-tu
il faut revenir maintenant
c'est plus drôle
c'est plus drôle
il faut que ça cesse
31 mars 2020 - day XV
tes nuits creusent la carcasse
(se laver la tignasse
expier ses fautes
quitter la violence de toute une vie
dire bonjour au soleil
s'en brûler la rétine)
3 avril 2020 - day XVIII
gibbeuse
ton ciel de printemps et le presque - orage
4 avril 2020 - day XIX
Les oiseaux chantent
6 avril 2020 - day XXI
souviens-toi des nuits de printemps
9 avril 2020 - day XXIV
et la peau en lambeaux
14 avril 2020 - day XXIX
vingt-quatre années séparaient l'enfanceelles ont taché les godasses, sali la mémoire
poussière s’immisçant dans tes fibres
chaque souvenir est teinté de sang
terre cendre poussière
leitmotiv incessant
tout revient aux racines
et courir après les fantômes t'épuise
rituel sacré de ce qui est ancré
là
dans la peau la chair les os
génétique frénétique de ce putain de vide
21 avril 2020 - day XXXVI
Petit matin et nuage de café
Après avoir tourné des heures dans les draps tièdes tu te demandes encore pourquoi ton odeur corporelle fait que ta taie d'oreiller finit par sentir le lait de bébé même en étant adulte
(et tu te rappelles des matins cotonneux où les joues de tes petites sœurs avaient le même parfum - la même tiédeur - et les mêmes sillons drapés sur la peau ;
poupée russe)
22 avril 2020 - day XXXVII
Tumulte
décliner le jour ; accueillir la nuit
23 avril 2020 - day XXXVIII
Démêler les nœuds
laver les cheveux
nouvelle lune et cheveux propres ;
cascade dans le bleu du ciel
24 avril 2020 - day XXXIX
L'heure floue et le printemps derrière la fenêtre
Comment as-tu fait pour tenir debout pendant toutes ces années
les bras ne te portent pas ; pas plus qu'il y a dix-huit ans
marcher droit marcher seule ne jamais osciller
mais tu vacilles comme une flamme dans un monde que tu ne comprends pas
et ça s'étiole – tout te fait peur
quelle personne deviendras-tu s'il faut vivre sans jamais savoir où est ta place
ta mémoire, tes souvenirs, le sang
tout devient trouble
rien n'est constant
et les flammes s'épuisent à la moindre rafale
ton corps–monstre ne supporte plus le poids des larmes
auras-tu un fragment de répit
le temps creuse les séquelles ; les sourires deviennent aussi tranchants que des lames
et tu as beau frotter la crasse ; tu ne peux effacer ce reflet flou dans la glace
comment tenir encore puisque l'amour est mort
te pardonner ; est-ce assez ?
26 avril 2020 - day XLI
mes cheveux sont le reflet de ce qui a traumatisé à grand fracas
blanc sur ébène pour chaque douleur enfantée
hier soir ; dix mille mèches se sont raidies,
transformées, ont perdu la vie
de l'argenté pour briller dans la nuit
ça fait un peu cliché
27 avril 2020 - day XLII
Ecoute le grondement du tonnerre
regarde la foudre strier le ciel
et la pluie tomber comme tes larmes
la tempête a tout détruit
les jours [sans]
qui es-tu
où es-tu passée
28 avril 2020 - day XLIII
accueillir la douceur des mots des copines
et laisser le soleil donner du
brillant aux cicatrices
un peu de doré entremêlé de cumulus sur fond bleu - océan
les mouettes
dans le ciel - peinture
30 avril 2020 - day XLV
Je n'ai pas vu la lune depuis qu'elle était pleine, le 8 avril
elle s'est dissipé, a disparu
la nouvelle prend le relais, mais toutes les nuits sont nuageuses ces temps-ci
pareilles aux journées de deuil
on prend conscience de l'éphémère
quand tout disparaît
ashes to ashes ; dust to dust
et le schéma continue
1er mai 2020 - day XLVI
Contemplation
(et lutter contre l'anxiété)
6 mai 2020 - day LI
Toutes ces vies qui résonnent à l'intérieur
ça secoue les fantômes
depuis que je suis petite ; les ténèbres le passé les vies entremêlées
il n'est jamais trop tard pour rompre
certaines malédictions
quel bordel
tu t'es réfugiée blottie sous la couette pendant des heures un oreiller sous la tête un serré très fort par les bras tremblants larmes-sur-cernes calfeutrée dans une sorte de cocon blanc
le coeur tambourine le drap et résonne dans tout le matelas de façon frénétique ou métallique les poings refermés sur le linge propre - senteur lait de bébé taies d'oreiller des grands-parents maternels brodées humidifiées par l'eau de tes yeux épuisés
les jours défilent tu vacilles fragile et la tête sans repos hurle remplie de bordel pourtant tu as scellé toutes les boîtes de Pandore depuis toujours mais qu'est-ce qui t'a pris d'ouvrir tous les tiroirs les monstres se sont nourris assoiffés de douleur tu les entends cogner au rythme des battements du coeur
étrange berceuse
et le sommeil a fini par te happer
9 mai 2020 - day LIV
Bain de soleil du matin
là, tout de suite
et comme depuis des mois
je rêve de l'océan (et des rivages de La Rochelle, inlassablement)
10 mai 2020 - day LV
Rituel
11 mai 2020 - day LVI
Les angoisses de la reprise sont de plus en plus présentes
depuis hier soir j'écoute la tempête dehors
cette nuit particulièrement ventée et pluvieuse,
endormie tard, réveillée beaucoup trop tôt et souvent j'entends les voitures, les klaxons, les bus, les trams passer dans la rue, je sens que ça bouge, qu'il y a du mouvement, que le temps d'un coup n'est plus suspendu et mon coeur fait des bons dans la poitrine
où est passé
le chant des
oiseaux
14 mai 2020 - day LIX
Jour mué (dormir contre la peur)
On pourrait dire ;
les peaux portent les prémices du processus de perdition
il y a une étrange sensation installée depuis des années
tu sais le gigotement, l'instabilité du corps quand ça dérange – démange
ta peau brûle sur le visage
elle gratte brûle chatouille et c'est l'une des intentions du corps les plus désagréables
tu ne supportes pas le chatouillis des cheveux sur ta face constellée
ni dans ta nuque ton cou sur tes clavicules
tu répugnes cette idée que la cascade de ta tignasse devienne fardeau
déjà, le trop–plein de picotement lié à chaque bouton et plaie
tu sais les contours, les peaux qui s'étiolent comme de vieux rideaux moisis
tu sens le rouge vif, le sang, tu sens le goût de l'odeur du sang
sur les mains, sur le visage
ça fait des brûlures et des cicatrices bien trop visibles
tu ne te rappelles pas de la dernière fois que tu n'as pas touché ou démangé ta peau
un geste compulsif répétitif et sans hasard ou hésitation
un claquement de tonnerre
une vague fracassée sur le granite
ça vient troubler le faux repos
et l'angoisse tambourine au moment de la faille
tu sais précisément quel emplacement prend chaque étoile de chaque constellation
les croûtes restent jamais longtemps parce que tu n'as de cesse de les arracher
parfois ça fait si mal d'avoir oublié que peut-être ça rouvrirait les plaies et ça ferait jaillir le sang
alors tu imagines des cratères des volcans en fusion et tu te dis c'est ça ; la lave prend possession de ta face
et engloutit les tâches de rousseur pour les remplacer par des tâches brunes d'étoiles mortes–nées
sur ton front, un mort aux vaches sanglant
pourtant tu es devenue végétarienne et tu ne manges plus de viande
tu souris à cette pensée et croises dans ta tête ces lettres censées : acab cependant et tu n'as aucun sens (tu échappes une goutte d'eau de tes yeux secs et fatigués
et comme à chaque secousse à l'intérieur, tes mains viennent érafler ton visage d'un geste maladroit mais désespéré
il n'y a que les fantômes qui n'ont pas peur des prémices du processus de perdition ravageant sur leur passage toute chance de voir passer sur le ciel de peau des étoiles filantes)
15 mai 2020 - day LX
paguroidea
(ou le bernard-l'ermite)
16 mai 2020 - day LXI
petit matin
cauchemar insomnie croissant descendant
chants d'oiseaux et brise légère ;
jamais l'aube ne connaîtra la
monotonie de vos nuits
17 mai 2020 - day LXII
C'est la brume qui se lève dans les lumières de la ville ; et les rues silencieuses, les insomnies de l'automne teintées d'angoisses et d'ocres nocturnes fascinantes d'histoires à inventer pour expier les peurs - c'est la brume qui se lève et toi, tu as tourné dans les draps froids d'une nuit déjà passée sans sommeil sans rêve mais sans trêve.
19 mai 2020 - day LXIV
J'ai retrouvé la Loire, sauvage à souhait
même si ses bords étaient bien peuplés
21 mai 2020 - day LXVI
corps épuisé
25 mai 2020 - day LXIX
Un an et un mois
si long
parfois je voudrais que tout soit différent
J'ai tant d'amour pour mes petites sœurs
vous ne pourrez jamais comprendre
on a passé quinze, puis sept années à distance
maintenant j'aimerais vous retrouver et vous serrer très fort
Soleil sur ma peau
masque sur ma face
essayer de disparaître
La quiétude des jours de thérapie dans le silence printanier
il y a toujours le silence avant ;
après, c'est différent
avec quelques sanglots à l'intérieur mais un coeur ne battant plus les tempes
angoisse évaporée pour quelques heures
28 mai 2020
lettre d'amour
et vaincre les peurs
j'ai ressorti la vieille Erika ;
Bernadette pour les intimes
pour écrire l'indicible
ou en tout cas
ces-mots-que-l'on-ne-prononce-pas
Et dans toutes les différences
il y a
ce qu'on a reconnu
à la première seconde
(le sourire de ma mère, et puis un peu du mien)
8 juin 2020
Mon ventre de règles
(comprenant les syndromes pré-menstruels et la durée des règles)
ressemble à un ventre de personne enceinte
sauf que
c'est
douloureux
à l'extrême
il devient dur comme de la pierre
et la nausée n'est jamais très éloignée
sauf que
probablement
je n'aurai jamais
d'enfant
12 juin 2020
et ta peau réclame le soleil du désert de Judée
combien de jours de nuits de vagues à larmes
faudrait-il pour retrouver pied
incertitude des mémoires
les souvenirs devenant poreux, liquides,
impalpables
ta peau réclame un cessez-le-feu entre
la violence des mots noués
et la colère des chagrins-qui-ne-passent-pas
retrouver mer – e
per(dr)e re–père
et s'acharner à
combien faudrait-il
de murmures d'amour
pour rebâtir
les murs sacrés
des promesses de l'enfance ?
13 juin 2020
Et puis, quand tu vis ce genre de magie, il est très difficile de respirer de la même façon après ; parfois c'est si intense que le souffle est coupé subitement
et tout ce qui en découle devient fade
et il faut attendre que la beauté passionnée resurgisse à tes yeux mais plus elle est forte, plus l'après est terne
comment dealer avec ces montagnes, tantôt remplies d'extrême ferveur, mais souvent
vides et tristes et sombres le reste du temps
Le visage - pleine lune
20 juin 2020
je vais revoir l'océan
22 juin 2020
Bile et sang
25 juin 2020
Et puis reprendre le souffle
nouvelle lune et vieux loup de mer
26 juin 2020
Le vent dans les cheveux
il n'y a de lumineux que l'or des blés
(marée basse)
Après ça il y a eu le quartier de l'enfance, la maison avant la faille, la boulangerie des souris-au-chocolat-que-je-demandais-à-chaque-dessert
et puis les retrouvailles avec Mégane après quelques années, et aussi avec Aurore et Chloé
1er juillet 2020
Torrent et marée
le chaos dans la chair
et le silence de tes journées
11 juillet 2020
les nuages ont bavé
toutes leurs nuances de rose
19 juillet 2020
Deux ans ;
depuis, tu as fini ton film, ta mère l'a vu pendant le confinement, n'en a probablement pas compris les enjeux mais s'en est suivie une étrange conversation d'aveux
depuis
le parcours chaotique d'un corps jamais en place
quelle maison
quel apaisement
depuis
tu t'effondres et te libères
comment dit-on déjà
l'émergence de la chrysalide
la métamorphose dans le chaos
20 juillet 2020
La voie lactée et les splendeurs du ciel
parfois il te semble entendre résonner dans les tempes quelques murmures des déesses et des dieux qui ont peuplé les ailleurs
22 juillet 2020
là ; dans la mer chaude méditerranéenne
plutôt qu'ici où le souffle est brisé
où la violence règne
et où la peur a submergé les visages
24 juillet 2020
tu portes les sillons d'une
trop grande marée
25 juillet 2020
Secret refuge (les cieux dans lesquels je suis tombée)
on me dit
de me taire de
ne pas trop en faire
on me dit
de cesser d'être en colère
que je ne peux pas tout changer, tout porter
et on me dit que ce monde ne changera pas
que c'est comme ça depuis
des générations, des siècles
on me dit ce que je dois et comment penser
puisque je ne peux pas par moi-même
puisqu'on me dit qu'autrui sait mieux
toujours
mieux que moi
ce que et qui je suis
quels devraient être mes combats
on me dit
comment je dois les mener
où dois-je m'arrêter
parce qu'on me dit
de ne pas déranger
ne pas poser trop de questions
de ne pas prendre trop de place
on me dit que sinon je vais le payer
on me dit de ne pas être extrême, ni dans mes pensées, ni dans maon [r]évolution
mais moi
je respire pas
dans votre monde
il est sale, ça pue le rance et vous m'étouffez
avec votre incapacité
à vous remettre en question
je cherche des refuges au-dessus de ma tête
mais toutes les beautés disparaissent une à une
et s'il n'y a plus d'espace pour respirer
comment je fais
comment je fais
26 juillet 2020
Tu n'oublieras jamais la transparence de l'eau gelée et ruisselante, ni le soleil tapant sur les peaux déjà gorgées de chaleur, ni les libellules qui avaient élu les corps et chevelures comme refuge temporaire à leur sieste
et le chant de la faune et de la flore qui a bercé ton après-midi, se perdant au loin dans le maquis épais et sauvage
6 août 2020
Mon ventre de règles
(et du corps qui lâche, aussi, un peu)
et les varices à l'Ouest et à l'Est de la douleur
5 septembre 2020
Je n'avais pas entendu ta
voix depuis quelques mois
l'entendre m'a renvoyée au
chaos de notre sang
pourquoi les yeux débordent-ils de larmes
figées à l'orée des cils arides et secs comme
les blés d'été
alors que tous les battements du coeur
demeurent fades et comme anesthésiés
30 septembre 2020
et l'intention du corps
– lorsque les impatiences nocturnes domptent
ce qu'il reste d'angoisse
20 octobre 2020
retenir le souffle jusqu'à la
dernière seconde
et laisser tomber les feuilles
toujours laisser tomber les feuilles
en tourbillonnant, comme
la mélancolie
parce qu'elle tourne la mélancolie
et revient comme un cyclone
à la fin, les arbres sont dénudés
7 novembre 2020
Parfois je voudrais retrouver les abyssesplonger et suspendre la respiration
flotter et écouter le bourdonnement
être émerveillé-e des trésors sous-marins
de la lumière transperçant les profondeurs
comme cet été-là, malgré la violence
j'ai cru y trouver un semblant de bonheur

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