« Il est grand temps de rallumer les étoiles. »

vendredi 7 août 2020

paguroidea ([...] il n'y a que les fantômes qui n'ont pas peur des prémices du processus de perdition ravageant sur leur passage toute chance de voir passer sur le ciel de peau des étoiles filantes)







17 septembre 2019

(peux-tu entendre le bruit de la nuit ?)


C'est beau les lumières de la ville ; tu les as regardées s'éteindre peu à peu, les rues orangées par les lampadaires alors que le ciel a pris la teinte bleutée de la gibbeuse

des heures menées par l'insolente mélodie des insomnies
ça martèle le crâne, ça tétanise les membres

tu as passé cette rentrée tout sourire rempli d'angoisses
les peurs te reviennent parce que c'est la dernière année
comment arriver à te dépasser sans flancher
tu te revois une année en arrière bouffée par le chaos et remplie de larmes

tes démons ne sont pas partis ils dansent la nuit comme les feux follets
et ton reflet s'est épaissi tes cernes se sont creusés
il n'y a plus d'amour
seulement la douleur des amours passées

reprends ton souffle ; l'aube s'est mise à briller sur l'horizon




9 octobre 2019

comment peux-tu encore respirer


Tu marches de travers dans ces rues remplies de crasse
les gens feignent de lever la tête mais ça ne se regarde pas, ça ne sourit pas
parfois ça parle mais beaucoup trop fort
une sorte de bourdonnement intempestif qui fait vibrer les os de ton crâne

tes fantômes ont trouvé refuge entre tes côtes ; à chaque respiration, ils hurlent à l'abandon
comment pourrais-tu les abandonner toi qui ne peux plus vivre correctement
chaque séance est un exorcisme et plus tu essaies plus tu te perds dans les ténèbres
ils ont parfois un visage et des prénoms surgissent de nulle part

pourquoi as-tu cette mémoire sans faille
celle qui est apte à te dire s'il faisait beau et quelle douceur avait la brise lorsqu'on t'a fracassée

si brise il y avait

tes paupières ne supportent plus le poids des cernes
ta peau devient aussi fade que le ciel automnal
parsemé de feuilles rouges
les cicatrices ne partent plus les physiques les celles qu'ont ne voit pas
mais qui font encore du bruit dans la nuit
et qui te secouent de toutes leurs forces pour te rappeler qu'elles ne s'effaceront pas
tu demandes à ton cerveau de faire une pause – de reprendre le souffle
mais y'a plus d'oxygène

c'est comme ces jours où il fait si froid que ce dernier te paralyse et alors c'est comme si tu buvais une eau remplie de glace ça gèle la trachée et ta cage thoracique devient sanctuaire de toutes tes angoisses

automne déjà sur tes lèvres
il restait encore un goût de toi

l'été déjà loin

où s'en vont les souvenirs des oublié-es ?




10 octobre 2019

Et le chant de la mer a englouti les rivages


cette fascination pour les failles, les séquelles du temps ; ce qui ne part pas, jamais

ce qu'on appelle strates et qui, de beautés incertaines, deviennent paysages sinueux et merveilleux


cette fascination pour la terre qui saigne, pour la pierre qui brûle

sel magique déchaîné a fait couler la lave

des torrents de larmes

là, sur les rochers


les sirènes murmurent parfois le souvenir des marins

– fossiles anciens au couleurs de l'automne

ou du soleil d'été





27 octobre 2019

Cette mélancolie submergeante à chaque automne passé

les fantômes de l'enfance traînés comme des boulets

pieds et mains lié-es, avec une enclume dans les entrailles


Arbres déjà effeuillés dehors ; l'ambre jonche le sol encore mouillé des matins trop brumeux





31 octobre 2019

Automne parisien

(et les souvenirs sont restés coincés entre les feuillages)




2 décembre 2019

(et l'automne finit par s'échapper au profit d'un hiver déjà trop froid)





22 décembre 2019

de Tours à Paris

les doutes familiaux




28 décembre 2019

de Lingreville à Tours

(et longtemps j'ai rêvé de visiter Granville et Jersey pour le groupe de musique et leur chanson

une sorte de rêve d'ado qui a vécu ce mois de décembre ;

le premier jour à Granville, et hier le dernier à Jersey

bateau tanguant sur mer agitée


À un de ces quatre, la Normandie


Prenez soin de vous)





10 février 2020

Peau–rituelle hivernale et saccadée

Tu patientes jusqu'à l'aube mais le jour tarde à se lever

la tempête s'engouffre dans les commissures des fenêtres ;

sifflement incessant et spasme nocturne


quelque chose se

dérobe


puisque tu sais qu'aucun soleil ne résiste à la terrifiante nuit qui s'abat en toi


dehors traîner la carcasse

dedans étreindre l'angoisse

un à un, les petits confettis rectangulaires disparaissent blanchissant les lèvres et défiant les monstres des rêves


Tu as falsifié tes nuits et tenté de déjouer leurs pièges

le vent est pareil à ta peau


sec

et confondu de larmes





24 mars 2020 - day VIII

ta peau saccadée

a perdu

le parfum de leurs chairs


printemps semblable au tragique automne





25 mars 2020 - day IX

Mon corps est une cage


and all they can say


take a breath

keep cool

it's okay baby


ton ombre sur les murs

sur le sol, sur ta propre peau

que tu gaves de soleil comme si ta vie en dépendait


te ramener à la noirceur de ce qu'il y a à l'intérieur

ça tambourine

« hello, I'm here »

laisser le monstre envahir l'espace

submergée par les cauchemars, les nausées


mais c'est ton propre reflet

là, qui grimace

déformant ce semblant d'enveloppe corporelle

quel corps ce monstre

il grandit, grossit

fait des bosses dans la tête sur les tempes dans la cage thoracique


Boum, boum

« I'm here, baby »

c'est l'enfance – avortée

c'est les rêves qui disjonctent

c'est toi et toi seule perdue dans ce miroir

et tout ce qui est resté figé dans la trachée


où es-tu

il faut revenir maintenant

c'est plus drôle

c'est plus drôle


il faut que ça cesse





31 mars 2020 - day XV

tes nuits creusent la carcasse


(se laver la tignasse

expier ses fautes
quitter la violence de toute une vie

dire bonjour au soleil
s'en brûler la rétine)




3 avril 2020 - day XVIII

gibbeuse

ton ciel de printemps et le presque - orage





4 avril 2020 - day XIX

Les oiseaux chantent






6 avril 2020 - day XXI

souviens-toi des nuits de printemps





9 avril 2020 - day XXIV

et la peau en lambeaux





14 avril 2020 - day XXIX
vingt-quatre années séparaient l'enfance
elles ont taché les godasses, sali la mémoire
poussière s’immisçant dans tes fibres
chaque souvenir est teinté de sang

terre cendre poussière

leitmotiv incessant
tout revient aux racines

et courir après les fantômes t'épuise
rituel sacré de ce qui est ancré
là
dans la peau la chair les os

génétique frénétique de ce putain de vide




21 avril 2020 - day XXXVI

Petit matin et nuage de café


Après avoir tourné des heures dans les draps tièdes tu te demandes encore pourquoi ton odeur corporelle fait que ta taie d'oreiller finit par sentir le lait de bébé même en étant adulte

(et tu te rappelles des matins cotonneux où les joues de tes petites sœurs avaient le même parfum - la même tiédeur - et les mêmes sillons drapés sur la peau ;
poupée russe)




22 avril 2020 - day XXXVII

Tumulte

décliner le jour ; accueillir la nuit




23 avril 2020 - day XXXVIII

Démêler les nœuds

laver les cheveux

nouvelle lune et cheveux propres ;
cascade dans le bleu du ciel




24 avril 2020 - day XXXIX

L'heure floue et le printemps derrière la fenêtre

Comment as-tu fait pour tenir debout pendant toutes ces années
les bras ne te portent pas ; pas plus qu'il y a dix-huit ans
marcher droit marcher seule ne jamais osciller
mais tu vacilles comme une flamme dans un monde que tu ne comprends pas
et ça s'étiole – tout te fait peur
quelle personne deviendras-tu s'il faut vivre sans jamais savoir où est ta place
ta mémoire, tes souvenirs, le sang
tout devient trouble
rien n'est constant

et les flammes s'épuisent à la moindre rafale
ton corps–monstre ne supporte plus le poids des larmes

auras-tu un fragment de répit
le temps creuse les séquelles ; les sourires deviennent aussi tranchants que des lames

et tu as beau frotter la crasse ; tu ne peux effacer ce reflet flou dans la glace
comment tenir encore puisque l'amour est mort

te pardonner ; est-ce assez ?




26 avril 2020 - day XLI
mes cheveux sont le reflet de ce qui a traumatisé à grand fracas
blanc sur ébène pour chaque douleur enfantée
hier soir ; dix mille mèches se sont raidies,
transformées, ont perdu la vie

de l'argenté pour briller dans la nuit
ça fait un peu cliché




27 avril 2020 - day XLII

Ecoute le grondement du tonnerre

regarde la foudre strier le ciel
et la pluie tomber comme tes larmes

la tempête a tout détruit




les jours [sans]


qui es-tu
où es-tu passée




28 avril 2020 - day XLIII

accueillir la douceur des mots des copines

et laisser le soleil donner du
brillant aux cicatrices
un peu de doré entremêlé de cumulus sur fond bleu - océan

les mouettes
dans le ciel - peinture




30 avril 2020 - day XLV

Je n'ai pas vu la lune depuis qu'elle était pleine, le 8 avril

elle s'est dissipé, a disparu
la nouvelle prend le relais, mais toutes les nuits sont nuageuses ces temps-ci
pareilles aux journées de deuil

on prend conscience de l'éphémère
quand tout disparaît
ashes to ashes ; dust to dust
et le schéma continue




1er mai 2020 - day XLVI

Contemplation

(et lutter contre l'anxiété)




6 mai 2020 - day LI
Toutes ces vies qui résonnent à l'intérieur
ça secoue les fantômes
depuis que je suis petite ; les ténèbres le passé les vies entremêlées
il n'est jamais trop tard pour rompre
certaines malédictions



quel bordel


tu t'es réfugiée blottie sous la couette pendant des heures un oreiller sous la tête un serré très fort par les bras tremblants larmes-sur-cernes calfeutrée dans une sorte de cocon blanc
le coeur tambourine le drap et résonne dans tout le matelas de façon frénétique ou métallique les poings refermés sur le linge propre - senteur lait de bébé taies d'oreiller des grands-parents maternels brodées humidifiées par l'eau de tes yeux épuisés
les jours défilent tu vacilles fragile et la tête sans repos hurle remplie de bordel pourtant tu as scellé toutes les boîtes de Pandore depuis toujours mais qu'est-ce qui t'a pris d'ouvrir tous les tiroirs les monstres se sont nourris assoiffés de douleur tu les entends cogner au rythme des battements du coeur
étrange berceuse
et le sommeil a fini par te happer




9 mai 2020 - day LIV


Bain de soleil du matin


là, tout de suite
et comme depuis des mois
je rêve de l'océan (et des rivages de La Rochelle, inlassablement)




10 mai 2020 - day LV

Rituel





11 mai 2020 - day LVI

Les angoisses de la reprise sont de plus en plus présentes


depuis hier soir j'écoute la tempête dehors
cette nuit particulièrement ventée et pluvieuse,
endormie tard, réveillée beaucoup trop tôt et souvent j'entends les voitures, les klaxons, les bus, les trams passer dans la rue, je sens que ça bouge, qu'il y a du mouvement, que le temps d'un coup n'est plus suspendu et mon coeur fait des bons dans la poitrine

où est passé
le chant des
oiseaux




14 mai 2020 - day LIX

Jour mué (dormir contre la peur)


On pourrait dire ;
les peaux portent les prémices du processus de perdition
il y a une étrange sensation installée depuis des années
tu sais le gigotement, l'instabilité du corps quand ça dérange – démange
ta peau brûle sur le visage
elle gratte brûle chatouille et c'est l'une des intentions du corps les plus désagréables

tu ne supportes pas le chatouillis des cheveux sur ta face constellée
ni dans ta nuque ton cou sur tes clavicules
tu répugnes cette idée que la cascade de ta tignasse devienne fardeau
déjà, le trop–plein de picotement lié à chaque bouton et plaie
tu sais les contours, les peaux qui s'étiolent comme de vieux rideaux moisis
tu sens le rouge vif, le sang, tu sens le goût de l'odeur du sang
sur les mains, sur le visage
ça fait des brûlures et des cicatrices bien trop visibles

tu ne te rappelles pas de la dernière fois que tu n'as pas touché ou démangé ta peau
un geste compulsif répétitif et sans hasard ou hésitation
un claquement de tonnerre
une vague fracassée sur le granite
ça vient troubler le faux repos
et l'angoisse tambourine au moment de la faille
tu sais précisément quel emplacement prend chaque étoile de chaque constellation
les croûtes restent jamais longtemps parce que tu n'as de cesse de les arracher
parfois ça fait si mal d'avoir oublié que peut-être ça rouvrirait les plaies et ça ferait jaillir le sang

alors tu imagines des cratères des volcans en fusion et tu te dis c'est ça ; la lave prend possession de ta face
et engloutit les tâches de rousseur pour les remplacer par des tâches brunes d'étoiles mortes–nées

sur ton front, un mort aux vaches sanglant
pourtant tu es devenue végétarienne et tu ne manges plus de viande
tu souris à cette pensée et croises dans ta tête ces lettres censées : acab cependant et tu n'as aucun sens (tu échappes une goutte d'eau de tes yeux secs et fatigués
et comme à chaque secousse à l'intérieur, tes mains viennent érafler ton visage d'un geste maladroit mais désespéré
il n'y a que les fantômes qui n'ont pas peur des prémices du processus de perdition ravageant sur leur passage toute chance de voir passer sur le ciel de peau des étoiles filantes)




15 mai 2020 - day LX

paguroidea

(ou le bernard-l'ermite)




16 mai 2020 - day LXI

petit matin


cauchemar insomnie croissant descendant
chants d'oiseaux et brise légère ;
jamais l'aube ne connaîtra la
monotonie de vos nuits




17 mai 2020 - day LXII

C'est la brume qui se lève dans les lumières de la ville ; et les rues silencieuses, les insomnies de l'automne teintées d'angoisses et d'ocres nocturnes fascinantes d'histoires à inventer pour expier les peurs - c'est la brume qui se lève et toi, tu as tourné dans les draps froids d'une nuit déjà passée sans sommeil sans rêve mais sans trêve.




19 mai 2020 - day LXIV

J'ai retrouvé la Loire, sauvage à souhait

même si ses bords étaient bien peuplés




21 mai 2020 - day LXVI

corps épuisé





25 mai 2020 - day LXIX

Un an et un mois

si long
parfois je voudrais que tout soit différent

J'ai tant d'amour pour mes petites sœurs
vous ne pourrez jamais comprendre
on a passé quinze, puis sept années à distance
maintenant j'aimerais vous retrouver et vous serrer très fort



Soleil sur ma peau
masque sur ma face
essayer de disparaître


La quiétude des jours de thérapie dans le silence printanier
il y a toujours le silence avant ;
après, c'est différent
avec quelques sanglots à l'intérieur mais un coeur ne battant plus les tempes
angoisse évaporée pour quelques heures




28 mai 2020

lettre d'amour

et vaincre les peurs

j'ai ressorti la vieille Erika ;
Bernadette pour les intimes
pour écrire l'indicible
ou en tout cas
ces-mots-que-l'on-ne-prononce-pas



Et dans toutes les différences
il y a
ce qu'on a reconnu
à la première seconde

(le sourire de ma mère, et puis un peu du mien)




8 juin 2020

Mon ventre de règles

(comprenant les syndromes pré-menstruels et la durée des règles)
ressemble à un ventre de personne enceinte

sauf que
c'est
douloureux
à l'extrême

il devient dur comme de la pierre
et la nausée n'est jamais très éloignée

sauf que
probablement
je n'aurai jamais
d'enfant




12 juin 2020
et ta peau réclame le soleil du désert de Judée

combien de jours de nuits de vagues à larmes
faudrait-il pour retrouver pied
incertitude des mémoires
les souvenirs devenant poreux, liquides,
impalpables

ta peau réclame un cessez-le-feu entre
la violence des mots noués
et la colère des chagrins-qui-ne-passent-pas

retrouver mer – e
per(dr)e re–père

et s'acharner à

combien faudrait-il
de murmures d'amour
pour rebâtir
les murs sacrés
des promesses de l'enfance ?




13 juin 2020

Et puis, quand tu vis ce genre de magie, il est très difficile de respirer de la même façon après ; parfois c'est si intense que le souffle est coupé subitement

et tout ce qui en découle devient fade
et il faut attendre que la beauté passionnée resurgisse à tes yeux mais plus elle est forte, plus l'après est terne
comment dealer avec ces montagnes, tantôt remplies d'extrême ferveur, mais souvent
vides et tristes et sombres le reste du temps



Le visage - pleine lune





20 juin 2020
je vais revoir l'océan




22 juin 2020
Bile et sang




25 juin 2020

Et puis reprendre le souffle

nouvelle lune et vieux loup de mer





26 juin 2020
Le vent dans les cheveux
il n'y a de lumineux que l'or des blés

(marée basse)

Après ça il y a eu le quartier de l'enfance, la maison avant la faille, la boulangerie des souris-au-chocolat-que-je-demandais-à-chaque-dessert
et puis les retrouvailles avec Mégane après quelques années, et aussi avec Aurore et Chloé




1er juillet 2020
Torrent et marée

le chaos dans la chair

et le silence de tes journées




11 juillet 2020
les nuages ont bavé
toutes leurs nuances de rose




19 juillet 2020
Deux ans ;


depuis, tu as fini ton film, ta mère l'a vu pendant le confinement, n'en a probablement pas compris les enjeux mais s'en est suivie une étrange conversation d'aveux

depuis
le parcours chaotique d'un corps jamais en place

quelle maison
quel apaisement

depuis
tu t'effondres et te libères

comment dit-on déjà
l'émergence de la chrysalide
la métamorphose dans le chaos




20 juillet 2020
La voie lactée et les splendeurs du ciel


parfois il te semble entendre résonner dans les tempes quelques murmures des déesses et des dieux qui ont peuplé les ailleurs




22 juillet 2020

là ; dans la mer chaude méditerranéenne

plutôt qu'ici où le souffle est brisé
où la violence règne

et où la peur a submergé les visages




24 juillet 2020
tu portes les sillons d'une
trop grande marée




25 juillet 2020
Secret refuge (les cieux dans lesquels je suis tombée)

on me dit
de me taire de
ne pas trop en faire
on me dit
de cesser d'être en colère
que je ne peux pas tout changer, tout porter
et on me dit que ce monde ne changera pas
que c'est comme ça depuis
des générations, des siècles

on me dit ce que je dois et comment penser
puisque je ne peux pas par moi-même
puisqu'on me dit qu'autrui sait mieux
toujours
mieux que moi
ce que et qui je suis
quels devraient être mes combats

on me dit
comment je dois les mener
où dois-je m'arrêter
parce qu'on me dit
de ne pas déranger
ne pas poser trop de questions
de ne pas prendre trop de place
on me dit que sinon je vais le payer
on me dit de ne pas être extrême, ni dans mes pensées, ni dans maon [r]évolution

mais moi
je respire pas
dans votre monde

il est sale, ça pue le rance et vous m'étouffez
avec votre incapacité
à vous remettre en question

je cherche des refuges au-dessus de ma tête
mais toutes les beautés disparaissent une à une
et s'il n'y a plus d'espace pour respirer

comment je fais
comment je fais




26 juillet 2020

Tu n'oublieras jamais la transparence de l'eau gelée et ruisselante, ni le soleil tapant sur les peaux déjà gorgées de chaleur, ni les libellules qui avaient élu les corps et chevelures comme refuge temporaire à leur sieste

et le chant de la faune et de la flore qui a bercé ton après-midi, se perdant au loin dans le maquis épais et sauvage





6 août 2020
Mon ventre de règles
(et du corps qui lâche, aussi, un peu)

et les varices à l'Ouest et à l'Est de la douleur




5 septembre 2020

Je n'avais pas entendu ta

voix depuis quelques mois

l'entendre m'a renvoyée au
chaos de notre sang

pourquoi les yeux débordent-ils de larmes
figées à l'orée des cils arides et secs comme
les blés d'été
alors que tous les battements du coeur
demeurent fades et comme anesthésiés




30 septembre 2020

et l'intention du corps

– lorsque les impatiences nocturnes domptent

ce qu'il reste d'angoisse





20 octobre 2020

retenir le souffle jusqu'à la

dernière seconde

et laisser tomber les feuilles

toujours laisser tomber les feuilles

en tourbillonnant, comme

la mélancolie

parce qu'elle tourne la mélancolie

et revient comme un cyclone


à la fin, les arbres sont dénudés





7 novembre 2020
Parfois je voudrais retrouver les abysses
plonger et suspendre la respiration
flotter et écouter le bourdonnement
être émerveillé-e des trésors sous-marins

de la lumière transperçant les profondeurs

comme cet été-là, malgré la violence

j'ai cru y trouver un semblant de bonheur






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