J'repense à mes vingt ans à cette envie constante de mourir
compter les jours les mois les années comme une taularde coincée derrière les barreaux c'est difficile le souffle en sursis pas de répit jamais
corps condamné et puis
Avoir avancé
surmonté certaines épreuves et alors j'ai envie de pleurer projetée en arrière il y a quelques années l'envie de crever l'envie d'en finir sans cesse le défaut d'être un jour née ici – quelque part sur Terre
Et trois ans après, être là
Avoir subi les marées les tempêtes les rafales – au passage avoir pris quelques balles
Me dire qu'il y a toujours pire et que le meilleur reste à venir ; aujourd'hui le 23 et vingt-trois années à m'essoufler depuis ce jour depuis cette faille sans cesse trébucher et me relever
Et l'on sourit et l'on espère encore même après toutes ces morts après le vide après les cris les insomnies et les cauchemars ces démons qui s'en prennent à la chair et qui s'immiscent au creux des reins et qui stagnent dans les ténèbres
La mémoire est fragile le corps est tremblant
Les gens souhaitent un jour sans savoir quelle douleur ça fait que d'être en vie j'ai longtemps réfléchi pour comprendre pourquoi je crois que c'est parce qu'on m'a toujours donné l'impression que ce n'était pas important que j'étais futile et accessoire chaque fois j'en ai la preuve et je me demande à quoi bon s'acharner quand j'ai passé dans ma vie plus de temps à pleurer les absences qu'à accepter que tout soit fini.
Depuis la création, depuis le commencement il fallait m'expliquer que tout serait vain et que ça durerait l'éternité ; j'aurais compris alors, j'aurais pardonné sûrement
d'être cette enfant à qui on n'a jamais laissé sa chance et qui, dans le chaos des événements, finira bouffée par les remords.
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