J'ai des mots coincés dans la gorge comme si j'avais un crachas qui remonterait et que j'ravalerais plusieurs fois. Les cordes vocales sont cimentées dans la glaise, le visage trop pâle marqué par l'attente des corps qui se relèvent. Extinction des voix. Extinction des braises. Le silence des enfers bileux qui paralysent les sons à l'égal d'un cimetière.J'ai des mots coincés entre deux parois poreuses. J'ai tourné sept fois ma langue dans la bouche avant d'engloutir ce que j'avais à dire. La mémoire flanche ; le temps est en suspens au-dessus des corps, des hématomes pleins les hanches. Les mains sont crispées à la chair, aggrippées à des lames de rasoirs à dix pieds sous terre. Il est trop tard pour que ça sorte, il est trop tard pour tout.
J'ai des mots coincés dans la trachée jusqu'à m'en faire vomir et brûler le gosier. Le sang qui coagule par un trop plein de globules. C'est ténébreux comme mouvement, ça va, ça vient tout en m'étranglant. Les espoirs vains qui tombent en un bruit assourdissant.
Fermeture des vannes-veines, fermeture des clapets et constatation des séquelles.
Il est trop tard soudain, bien trop tard pour croire à demain.

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