22 septembre 2018
Tu sens encore cette sensation dans les jambes
les muscles qui s’atrophient et se raidissent
incapable de bouger de courir de t’enfuir
happée par la nuit tu deviens cette ombre cauchemardesque
elle vient te chercher et tu sais alors que tu ne pourras t’en sortir, jamais
jamais plus tu ne te réveilleras dans la lumière
parce que les rêves sont faits de ça
d’horreur et de douleur
cette nuit encore, quand tes yeux se fermeront
et que tu tenteras d’échapper à qui tu es
les murs et le sol te séquestreront
et tous les jours qui viendront seront faits de sang
ce battement dans les tempes
le même qui explose ton cœur
quand le monstre c’est toi, et que c’est bientôt ton heure
23 septembre 2018
déserter le jour
22 octobre 2018
C’était mon endroit préféré ; puisque tel est le destin, assise dans un train à regarder le paysage défiler
C’était ça ma famille – les arbres la lumière l’horizon – ces moments en suspens où rien ne compte
seulement le martèlement du train sur les rails
et cette brume qui se lève
le soleil essayant de percer se perdant dans les nuages
les pastels qui tranchent le ciel et qui pansent les failles du cœur
C’était ça mon chez moi ;
la perdition toujours puisque c’est ici qu’il n’y a pas de rejet
pas d’attente ni de jugement ni de déception
seulement mon reflet dans la vitre poussiéreuse
et les sièges vides me rappelant que tout est changeant
comme l’automne
silencieuse l’aube, lentement je m’y perds
4 novembre 2018
Tu m’as enfin raconté un fragment de tes vies – ce désir si profond de connaître le sacré qui t’a suivie jusqu'en 60 et que tu as fini par rencontrer à ta porte un jour où c’était désordre, après déjà la naissance de quasiment tous tes enfants
tu me parles de ta foi, de ce qui pour toi est essentiel
de ta vision du monde, de Jéhovah – et de cet amour qui te porte pour la liberté de chacun-e
tu n’as jamais jugé, jamais haï, jamais failli
toujours humble et remplie de sagesse quand d’autres se sont perdu-es en chemin
des lacunes j’en ai eu par milliers ; peu à peu je les vois se combler
il m’a fallu attendre ta quatre-vingt douzième année pour oser
mamie, pourquoi es-tu devenue TJ ?
ta réponse est belle et je comprends, tout comme j’ai ressenti la passion des juives au Mur des Lamentations
je comprends et j’apprends encore, d’où je viens et pourquoi
pourquoi est-ce le tumulte dans ma tête dans ma chair dans mes entrailles
pourquoi la vie est faite de secrets
des non-dits que l’on évite
des failles que l’on franchit
pourquoi ça tangue à l’intérieur – et ce corps épuisé qu’il est tiraillé
on me parle de mes ancêtres des âmes qui ont traversé le passé
et qui jaillissent en moi comme s’il fallait qu’elles se libèrent
redonner noms aux visages
mots sur blessures pas fermées
et qu’il est tragique de savoir et de se perdre de plus en plus
mais qu’il est merveilleux d’assembler et de lier ces branches cassées
faire quelques boutures, utiliser des tuteurs pour supporter le poids des écorc[h]é-es
auriez-vous eu peur de découvrir le puzzle des oublié-es ?
mes fantômes me rattrapent
et mes rêves s’étiolent dans la nuit
j’ai forcé mes jambes à ne pas flancher mais ce soir c’est mon cœur qui pourrit
qui était ce sourire sur les photos triées et plastifiées qui semble à présent s’effondrer ?
15 novembre 2018
Tu entends la musique entêtante au loin
c’est le bruit que fait le cœur quand il boit la tasse
tu as tout décroché
les photos les sourires les portraits
reste les cases vides marquées depuis deux années
car c’est la place de l’absente
et qu’à l’absence, on ne peut plus rien
tu entends cette musique au loin ;
c’est le bruit répété des os contre les murs
et les bleus qu’il reste sur les phalanges
ressemblent au mélange des couleurs de la chambre
tu es nue et dehors, la ville s’estompe
depuis que le soleil s’est couché il n’y a plus que ça
l’obscurité des jours sans promesse
ta peau saccagée par les reflets
et sur ton visage, des grimaces qui ne cessent de creuser la carcasse.
24 novembre 2018
Ce qu’il y a d’écœurant parfois c’est cette injonction au bonheur
comme s’il fallait qu’on soit heureux-ses parce qu’il n’y a pas d’autres états légitimes possibles
mais ça me rend malade tous vos sourires, vos discours de bien-être
ça me rend malade que les gens, par pur égoïsme prétendent se recentrer sur eux-mêmes et détruisent tout sur leur passage
et si c’est pas possible de se sentir en vie
si tout ce qu’on trimbale comme merde depuis l’enfance fait qu’il n’y a pas d’alternative
si parce qu’on t’a jamais donné ta chance, t’étais voué-e à pourrir de l’intérieur et plus tu vieillis plus ça prend de l’ampleur
on m’avait dit que ça partirait avec le temps ; qu’on s’habitue, qu’on apprend et qu’on prend du recul
mais c’est l’inverse putain
ça fait des trous dans le corps et ça décompose les sourires
Ah t’es belle à rire toujours plus fort que les autres on t’entend à l’autre bout du monde ton rire est connu comme le loup blanc
t’es drôle à faire des blagues, danser n’importe comment, te pavaner et amoindrir le moindre étouffement dans ta poitrine
plus t’es belle à rire, plus l’étau se resserre
et rire plus fort encore fait de toi une marionnette flippante de désespoir
il suffit de voir ce non-reflet dans la glace pour comprendre
morte-née et y’a pas de solution à cette putain de douleur
9 décembre 2018
C’est ce que les jours font de mieux ces derniers temps
se remplir de tachycardie et de sueur
le sang qui bat la tempe, la pointe perforant le cœur
Là, en plein milieu
ça tremble de douleur
ta poitrine est devenue le terrain de tous les spasmes de tous les frissons de toutes les déceptions
un couteau pour chaque côte qui se resserre
un mauvais rêve pour chaque jour sur cette terre
4 janvier 2019
Tu fais du bruit doucement
à l’orée de la forêt
tu t’agites et te secoues
puis vient le silence
parce que l’amour fuit
le silence des absences
c’est le plus long râle de l’histoire
tu fais sonner les clochettes sans faire exprès
comme si ça voulait dire « je suis là
regarde moi
ne m’oublie pas putain »
mais ça fait fuir les absences
ça fait pleurer les saules
et il n’y a toujours plus que le vide
après ça
tu ne t’habitues jamais à aimer vraiment
à aimer jusqu'avoir mal
tu donnes tout pour l’amour
tu donnes tout par peur de perdre
mais ça prend et ça s’en va
et les fantômes s’estompent dans les bois
puis il ne reste plus que le murmure des promesses déchues
des mots d’amour coincés dans la gorge
tu les sens bien ceux-là
ceux qui étouffent de chagrin quand il n’y a plus rien
que tu ne peux même plus dire ce que ça fait
parce que ça fait si mal putain, ça fait mal mais en silence
il ne faudrait pas trop déranger
celles et ceux qui brillent
et ne ternissent jamais
du manque d’amour
d’amours perdues.
21 janvier 2019
La lumière dans l’appartement
quelques oiseaux chantent malgré la rudesse de l’hiver
je me demande s’ils chanteront encore longtemps
la nuit s’en est allée avec l’éclipse
et les couleurs bleues estompées au profit des oranges puis de la pâleur du soleil
quand je pense à mon reflet j’ai la même sensation de transparence
froid et chaud mais toujours sans vie
parfois le chant des oiseaux me rappelle que ça vaut la peine
et Orion trône fière ; redonnant teinte à nos souvenirs perdus de peaux emmêlées
alors que faire à l’aurore
sinon admirer les cieux à s’en brûler la rétine
ça donnerait une excuse pour flancher
quand sans nom, elle revient murmurer
les absences de mes nuits et les parallèlement à toi
étouffer ton visage dans mes mains transparentes
et tourner dans ces draps où tu n’es pas
parfois même après des mois, je surprends un de tes cheveux qui ne s’est pas encore fait la malle
à présent il vole au vent de mon balcon
plus belle image de fin
je souris ;
mais qu’est-ce qu’il y a après la fin ?
22 janvier 2019
(oublier la fièvre oublier les secousses)
28 janvier 2019
et puis il y a ça ; quand le
corps cède
quand la force t’échappe et que seule la douleur reste
il y a ça ; le clapotis de l’eau le craquement des branches le vent qui balaye les champs les cormorans qui se balancent à la cime des arbres le silence bruyant de la nature
à ce moment précis, après ces jours de dérive et ces nuits remplies de nausée
tu peux enfin respirer
corps cède
quand la force t’échappe et que seule la douleur reste
il y a ça ; le clapotis de l’eau le craquement des branches le vent qui balaye les champs les cormorans qui se balancent à la cime des arbres le silence bruyant de la nature
à ce moment précis, après ces jours de dérive et ces nuits remplies de nausée
tu peux enfin respirer
4 février 2019
et attendre de me rendormir au petit matin ; lumière préférée d’un lever de soleil
(et je me rends compte qu’à quatre heures du matin, presque chaque jour, mes yeux s’ouvrent pour ne plus se refermer avant l’éveil de la ville
et la peau tiède est bercée par le silence abyssal d’une nuit en suspens
parfois agacée, parfois apaisée
l’attente patiente de l’aube et de ses couleurs chaudes, avant le retour au gris usuel de la pleine journée
– la chair striée par les draps ; contemplation de ce ciel toujours changeant)
4 mars 2019
Tu sais je n’ai plus peur
j’ai froid dans le noir mais je n’ai plus peur
apprivoiser les ténèbres, accepter l’aube, voir le soleil se lever
je n’ai plus peur d’essayer de vivre
je te vois sourire et ça me va
je te vois vivre et ça me rend heureuse pour toi
alors vis, profite, vacille
mais sois envahie de plénitude
Tu sais,
je n’ai plus peur de mourir
ni de respirer, ni d’être forte, ni de combattre sans toi
parce que c’est ça maintenant
Combattre
Vivre sans toi
mais c’est facile
alors t’en fais pas
Merci d’avoir été, merci d’être, merci d’avoir tout représenté
Tu es et resteras le torrent la marrée l’amour la force l’espoir la révolution l’océan qui inonde et les larmes qui chamboulent
à ta place maintenant ; tu resteras celle qui a traversé ma vie et qui un jour,
a su ne jamais la quitter.
Et puis, merci pour ça.
11 mars 2019
De ma chambre j’ai vue sur les toits du réfectoire
il paraît que c’est une nouvelle maison pour quelques années
chez moi, chez toi
est-ce similaire
est-ce acceptable
quelle étrange sensation de reconstruire des souvenirs dans un lieu inconnu
quand la dernière maison était associée à la douleur claquante
ici, le soleil est au bord du vide et dedans c’est toujours l’océan
les photos s’entassent sur les cartons pas encore défaits
où es-tu, où je vais
un lieu à soi, à nous
quand tout nous éloigne et tout nous rassemble
on est cette marée haute qui se fracasse et disparaît sur l’estran je crois
des résidus d’écume qui finissent par disparaître avec le vent
ma nouvelle falaise – le gouffre qui attire
de quoi seront faits les murs
seront-ils famille ou prison ?
26 mars 2019
tu as reconnu des paysages liés à l'enfance
des vacances en famille [brisée déjà partie en éclats]
à travers de nouveaux paysages
pour toi, c'était le bout du monde
encore aujourd'hui, le bout du monde te paraît familier
car il n'y a qu'entre les maisons que tu te complais
tu poursuis les sillons et les marées
et au gré des lunes, acceptes enfin la guérison
25 avril 2019
ainsi tu as cartographié chaque errance comme s’il fallait les dessiner sur papier pour qu’elles s’estompent un jour
ce qui s’est tu en-dedans
ce qui trahit le cœur
– semblable à la déception de ce que tu croyais éternel
10 juin 2019
Et tous les jours tu sais ce que ça fait
les la(r)mes qui transpercent la chair
le corps dans les ténèbres
la musique s'arrête et tout se disloque
les sourires les paillettes et le sang dans les tempes
tu vois les visages sans nom, tu touches les lèvres sans visage
errer comme un fantôme dans la vie des gens
la lumière brille aussi fort que tes espoirs et ton sourire jusqu'aux oreilles te fait excessivement mal
où est la vie – comment vivre sans pleurer
où est l'oxygène
des visages sans nom
des visages sans regret
18 juin 2019
Tu as passé des heures à compter les jours, les mois, les années
passé ta vie bloquée dans les souvenirs
c'est ce qu'il te reste
le souvenir médiocre d'un sourire de travers
une vague idée de la douleur perdue entre quatre pans de ta mémoire
qu'est-ce que tu fous à errer
tes images défilent et tu perds la tête
ça rend malade ça bouffe et ça bouffe et ça bouffe
t'as des souvenirs en pagaille et des sanglots qui traînent
c'est lié à ça ; toujours ce vieux sentiment rance de douleur interne
des miettes de nuits noires où tu t'es perdue dans les bras constellés
toujours pardonner, toujours, toujours
mais jamais à toi-même
toujours pardonner à l'amour mais jamais à toi-même
tant pis si ça te tue, si ça t'explose, si ça te rend fantôme
on pardonne à l'amour mais on se pardonne jamais d'avoir trop pleuré espéré crié
cette nuit la lune t'a ri au nez ce matin le soleil ne s'est jamais levé
tout est terne (et les images défilent – il n'y a que la mort suspendue à ton cou)
02 juillet 2019
Les retours ont une saveur étrange lorsque le coeur a perdu en chemin un fragment d'amour
que dire à l'ignorance
que faire à l'absence
puisque tu ne peux changer le sang et qu'au sang,
sont liées les déceptions
Etre fière de ce que tu es, de comment tu te construis
(seule, visiblement)
tu t'es sauvée de l'enfer
il n'y avait personne
et quand bien même y as-tu cru
les leurres sont bien trop familiaux
il y a la brise qui caresse ta peau déjà halée par ce début d'été
et le bleu du ciel te rappelle encore les yeux-océan qui t'ont accompagnée
le soleil dans les feuillages
des larmes au coin des yeux
il paraît qu'il faut savoir s'éloigner et accepter que parfois rien ne peut changer
te résoudre ne doit pas être une faiblesse parce qu'il faut du courage pour renoncer à l'amour et au sang
Mais quand pourras-tu dire stop à l'inconstance.. ?
16 juillet 2019
de Tours au Blanc-Mesnil
ce matin, après les insomnies toujours (puisque je m'en vais vers elle), il a fallu tout empaqueter, plier, ordonner
ce que je n'avais pas réellement fait depuis longtemps
il faut du courage pour réitérer le chaos, mais que faire contre l'amour et l'espoir
quand il n'y a que ça qui anime le corps
aller vers la mère, trouver place, ranger les claques dans des boîtes de Pandore en ordonnant au cerveau d'être patient, boire la tasse
Prenez soin de vous
du Blanc-Mesnil à Bellerive-sur-allier
Les champs de blé défilent à toute allure par la fenêtre
ton parfum a empli toute la voiture qui est chargée comme pour un régiment
on parle de tout et surtout de rien, on rigole pour que dalle, ta peau est plus bronzée que la mienne je suis jalouse
un de mes cheveux blancs s'est posé sur ton bras, tu te moques de moi mais tu t'es pas regardée hein ? À ton avis, de qui je tiens ?
la musique résonne pour te motiver, ton visage est fatigué mais il est doux dans les paysages faits d'or et de lumière
Les noms de patelins sont particuliers et on sait pas trop si les gens étaient bourrés quand ils ont choisi ou s'ils étaient vraiment sérieux
tu t'énerves après les tracteurs et je fais de même, mais on peut pas s'empêcher d'admirer les moissonneuses-batteuses et on rigole encore de notre connerie
tes yeux tâchés d'ambre sont les miens et brillent de mille éclats
te [re]trouver ; t'estimer, être tétanisée, t'observer, m'affranchir de toi
te laisser une autre chance d'être mère encore une fois
je voudrais que ces voyages sans douleur durent toujours
17 juillet 2019
de Bellerive-sur-Allier à Toulon
Les retrouvailles avec Lorelei et Virginie étaient teintées de ciel étoilé, d'éclipse lunaire partielle sublime, de rires et de vin blanc
on prend la route pour le sud ; quelques haltes à Clermont-Ferrand où nous achetons les dernières affaires dont nous avons besoin
on passe devant les paysages de mon enfance, ceux qui ont guidé nos colonies de vacances – les monts auvergnats et les vallées boisées
Tears for fears, Supertramp, Ghinzu – je mets tes chansons préférées et tu souris, on chante à tue-tête et tu fais une tronche bizarre quand tu entends ma voix (pourtant tu sais que je chante faux, ça sert à rien de faire genre t'es surprise)
après le viaduc de Millau qu'on ne se lasse pas de photographier, les paysages montagneux sont de plus en plus rocailleux – il est 13h30 et on a déjà pris 6°C depuis Clermont, j'ai des réminiscences de notre voyage dans le Lubéron en février 2018 et mon cœur se serre
parce que nous c'est un peu comme ses paysages faits de lumières et de tunnels, de creux et de bosses, de poussière et de champs
Après le classique arrêt au magasin de plongée de Palavas-les-Flots, on trace la route pour Toulon ; ce que je préfère c'est arriver face à la mer Méditerranée entre les montagnes
d'un bleu azur
et scintillant
on retrouve le quai d'embarquement – été 2014 pas si loin, comme si c'était hier
et puis l'impatience de prendre le Corsica Ferries, d'être en pleine mer, de voir le soleil se coucher au large et d'assister à la nuit qui prend le relais
On est montées à bord et je t'offre un verre au bord de la piscine du dernier étage d'un ferry bien trop grand ; j'ai l'impression d'être riche, d'être de celleux qui consomment et polluent et cette sensation me rend douce amère
Autour de moi, les familles, les riches, les beaufs se mélangent (ou pas ; certains étages sont pour les privilégié-es avec les restaurants gastronomiques et la délicatesse des employé-es, d'autres pour les beaufs et les familles et les gens aisés mais pas trop avec les jeux vidéos, les piscines à boules et les restos tchip
puis, errant et s'éternisant sur le pont, il y a les gens comme nous qui dormiront parterre dans un coin de moquette
29 juillet 2019
Tu as tendance à piquer, juger, ne jamais faire confiance, être de mauvaise foi
et chaque fois, je n'ai de cesse d'avoir l'estomac retourné
quand je te parle tu n'écoutes pas
quand j'essaie de te dire quelque chose, tu me coupes la parole sans prendre en compte ce que j'aurais pu te dire, ou t'apporter peut-être
parfois ça n'a pas d'importance mais pour moi, c'est l'incontournable mur qui se dresse devant moi et qui continue de me rendre en colère
je ne sais plus comment faire – ai-je déjà su un jour
aller dans ton sens ne fonctionne pas, aller à contre-courant est pire
ne rien dire, rester sans bouger, est une suffocation
Il y a tant de choses que j'aimerais partager mais on ne se comprend pas
et tu ne veux pas, et quand tu essaies, tu détournes l'attention sur toi
ce dimanche, ce n'est pas la tempête qui m'a rendue nauséeuse, c'est ton cœur de pierre et tes mots durs et tranchant comme des lames se fracassant contre les rochers que tu m'as envoyés tôt le matin en pleine face
tes mots me sont indéniablement fatals
parfois les angoisses reviennent et je ne peux les contrer ; alors je te dis que je n'ai pas faim, que je suis fatiguée, et ça te suffit pour rester indifférente aux tourments qui m'enlèvent
quel répit y a-t-il dans tout ça
où est le souffle après la tempête (se finit-elle un jour)
j'avais rêvé parfois que tu puisses redevenir tendre comme quand je faisais des cauchemars étant petite
aujourd'hui, mes cauchemars sont liés à vous, sang et larmes
31 juillet 2019
Les jours passent et finissent par se ressembler à tes côtés
tu sors de ton sommeil tranquille et redeviens venin
les trajets en voiture sont de plus en plus silencieux et la musique qu'on aime tant s'est transformée en radio italo-corse où entre deux grésillements, des bribes de chansons mièvres occidentales résonnent
je suis lasse de toi et lasse de tes mots acérés au couteau
tu ne te rends toujours pas compte de l'impact que tu as, de ton comportement et ton caractère et je le sais à présent, je ne partirai plus avec toi
parce que les voyages finissent toujours mal en général
qu'on met plus de temps à s'en remettre et que les séquelles laissées sont de plus en plus importantes
les failles plus profondes
et dix mois de thérapie n'y changeront rien, ça ne suffit plus ; la prise de recul ne peut servir que si toi, tu as la volonté de ne plus perdre tes enfants
parfois je te préférerais morte pour t'aimer et te chérir dans le manque plutôt que vivante où je me surprends parfois à te haïr
et peut-être que c'est là que je pourrais trouver ton amour
comme le petit garçon dans Le Jour des Corneilles
Tu « retombes dans tes travers » (et elle a raison) – quand tu perds, tu fais tout pour retrouver, et quand tu as, tu démolis jusqu'à ce que tout ne soit que chaos
Tu me laisses un goût amer
Ton aigreur me colle à la peau
J'ai vingt-cinq années, l'année de tous les combats, de tous les supplices
il y a un an (je porte la marque ancrée sous ma chair) ta haine a frappé mon amour et j'ai cru mourir
il est temps de me laisser partir
7 août 2019
de Toulon à Montpellier
Les derniers jours sur l'Isula étaient doucereux ; partagés entre complicité et amertume
tu dévastes – à la fois tu donnes et puis d'un coup tu reprends tout
après avoir sillonné une bonne partie du Capi Corsu (et les petits villages aux maisons colorées, anciennes, aux chats abandonnés et aux paysages à couper le souffle), validé non sans mal mais non sans fierté le PE 40 (diplôme de Plongée Encadrée à 40m de prof.) avec une de mes plus belles plongées, visité Bastia, sa citadelle, et son port, on a repris le ferry la tête dans les nuages et le coucher de soleil
La nuit courte et l'arrivée à Toulon dans un ciel rose, je t'offre le petit déjeuner à Saint-Cyr-sur-Mer face à la Méditerranée
c'est encore dans les sourires jusqu'à ce que j'écrive ces mots, où tu t'énerves subitement parce que je refuse de te dire ce que j'écris
et tu enlèves tes masques, me menaces, et finis par dire qu'on ne partira plus en vacances ensemble si c'est pour que je refuse de te dire tout ce que je fais
tu lis dans mes pensées puisque je ne peux plus ; je ne peux plus attendre que tu comprennes, que tu changes
La route pour Montpellier est silencieuse – la radio pourrie résonne sur l'autoroute du Soleil et soudain je trouve ironique son nom puisque le ciel se charge de gris
il fait chaud déjà mais moins qu'en Corse (je regrette déjà ses rivages)
hâte de retrouver le sourire de Miriam et de sortir de l'apnée
9 août 2019
(parfois je me rappelle du goût de ton sourire)
12 août 2019
de Montpellier à Tours
Quel sentiment bizarre que de rentrer quelque part
on dit « chez soi » mais quelle est la maison
je t'ai cherchée partout
dans les voyages, sur les routes
à travers la fenêtre et dans la pluie qui tombe
je
t'ai
cherchée
j'ai cru pouvoir te trouver
dans la lueur du soleil
sur un bateau, en-dessous de la
mer et parfois,
le maquis
quel sentiment de
désespérance
puisqu'être étrangère signifie ne jamais plus être liée à
toi
je t'ai cherchée partout depuis tant d'années
que les années passées sans ton amour me sont revenues comme une fatalité
j'aimerais avoir le courage de te dire, de lui dire
que vivre m'est moins douloureux sans vous
que s'il faut suffoquer pour vous retrouver, alors je préfère respirer loin de votre tumulte
qu'il est trop tard pour que vous puissiez comprendre pourquoi, quand toute la vie passée vous avez fermé les yeux, scellé vos lèvres, et vous êtes bouché-es les oreilles
la culpabilité d'être qui je suis sans cesse, ce combat permanent pour plaire et satisfaire autrui
d'aimer à perdre raison, quand personne n'est apte à recevoir et donner
quand les murs sont plus élevés que les monts du sud
et les claques plus violentes que les tempêtes, les orages qui grondent et créent des raz-de-marée
je reviens le cœur plus léger
puisque mes jours et mes nuits sont désormais ancré-es dans le présent
et qu'au passé on ne peut rien
si ce n'est décider de ne plus crever
il y a un an, j'ai bouffé la poussière
mon corps s'est écrasé et mon cœur a implosé
j'ai perdu mon sourire et l'amour
le premier été sans étoile sur la peau après trois ans
le premier été de nuits chaudes et indigo
bleu azur où il ne m'importe plus rien d'autre que cela ; des sourires aux paupières des rires dans un battement de cils
que la vie vous soit douce et passionnée
pourvu que vos voyages soient beaux
prenez soin de vous
15 août 2019
tu as toujours eu les yeux rivés sur le ciel
admirer les splendeurs de la lune, devenir pleine ou sourire
te brûler la rétine avec les rayons délicieux du soleil ; faire des couleurs de l'or et du sang
compter les étoiles qui s'allument puis s'éteignent au gré des saisons, y reconnaître les parti-es et les oublié-es, les (in)espéré-es
voyager au travers des nuages, te rendre l'âme cotonneuse et te (re)donner le souffle
pourvu qu'il y reste une place un jour
puisqu'ici les rêves n'ont plus de teinte que le chaos des abandonné-es
24 août 2019
je t'ai écrit une lettre d'amour et de rupture
mais comme à mon habitude, les mots du téléphone au papier, à mes lèvres n'ont encore une fois, pu transitionner
parce que je savais que les regrets m'emporteraient
que chaque parcelle de ta peau me manquerait et que ce manque ne pourrait être supportable
comment aimer alors que je suis morte il y a un an
comment te dire alors qu'on est libres et sans attache
rompre la promesse des astres
d'un sourire croissant aux rayons transcendants
rompre le pacte silencieux des nuits torrentielles
de couleurs indicibles et pourtant qui m'ont tant brûlé les lèvres
de retour à la nuit ; le silence m'a emportée et j'ai préféré sceller ma bouche sur la tienne plutôt que d'éclater en sanglots
il y avait longtemps que je n'avais pas murmuré ces mots
bonjour tristesse
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