Je suis allée me promener aujourd'hui. Le ciel était gris, presque blanc – on distinguait à peine les nuages pourtant bien présents. J'ai vu la nature reprendre ses droits et j'étais fière. Fière de voir que la beauté arrache sa liberté, que l'eau s'infiltre dans chaque faille, chaque racine, dans chaque morceau de béton armé et qu'elle explose de candeur, d'espoir, de vie.Parce que c'est ça, la vie. Respirer enfin l'air pur, sentir le pollen voler dans les cheveux, s'accrocher aux sourires. Écouter les animaux communier, et chanter des morceaux remplis de joie. J'ai touché l'eau du bout des doigts mais elle était sacrée. Je me suis contentée de l'observer, là pendant des heures, à marcher et la frôler, la photographier, l'aimer.
Les gens étaient effarés par ce spectacle, terrorisés parce que la Terre se réveille de ce cauchemar, et parce qu'elle ose déranger leur tranquillité de gens consommants–consommés. Alors je souriais de plus belle, c'était une victoire, et demain encore, je retournerai sourire et savourer ce miracle et dire à ce monde que c'est beau.
Je me suis demandée à quel point ça rimait tout ça. À quel point ça pouvait m'atteindre. J'aimerais me consoler en me persuadant que les consciences vont changer et que ce qu'il se trame ici et partout n'est que le commencement de quelque chose autre – meilleur – mais je n'arrive pas à en avoir la certitude. Car la peur se lit sur les visages, la peur de l'inconnu-e, la peur du dérangement, du changement, parce que l'ignorance est reine et que personne n'ose la détrôner. Les cœurs sont fermés et comblés de haine
C'est triste putain
Et moi j'ai tant d'amour à donner – pour celui qu'on m'a volé ou qu'on ne m'a jamais offert, pour celui qu'on m'a arraché et massacré – j'ai tant d'amour et d'espoir à transmettre, parce que j'ai enfin envie d'y croire. Je voudrais croire que l'on peut changer, que l'on peut aimer sans se déchirer, et partager sans se piétiner.
Parce qu'il ne s'agit pas que de toi, ni de moi, mais de nous, et de vous.
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