« Il est grand temps de rallumer les étoiles. »

dimanche 10 avril 2016

C'est l'extase, l'horreur tout autour. Le temps m'a joué des tours.







Je me souviens de la douleur, comme une perforation des sens 
Il faisait tellement chaud, le soleil cognait sur mes tempes et le monde tournait autour de moi – ou plutôt je crois que c'est moi qui tournais autour du monde

Je revois le sang, les os apparents 
J'entends encore leurs cris d'enfants 
Ils étaient si jeunes, l'un russe l'autre algérien
Du coton dans les membres – le bruit des roues des vélos 

Le plus jeune ne cessait pas de pleurer il me semble que je répétais en boucle ça va aller ça va aller où habites-tu où est ta famille qui es-tu ton père travaille ? On va le chercher ne t'inquiète pas

Au fond de moi je tremblais toute entière et mon corps défaillait je savais que ça n'irait pas comment ça pouvait puisque le sang, les larmes, la chaleur, la sueur se mélangeaient à la peur

J'enfantais alors une souffrance dans les côtes dans le cœur dans la tête 
Tombée sur le trottoir le ciel n'était plus qu'une masse vague qui se remplissait de tâches blanches et noires pendant que le petit appelait à l'aide dans un bourdonnement assourdissant

On était là et absents en même temps 
Temporalités différentes – deux mondes qui s'entrechoquent et interfèrent simultanément la souffrance de l'un, le chaos de l'autre

Ressentir par chaque pore de la peau les rayons du soleil et l'étouffante température de l'été 
Et pourtant les poils s'hérissent les frissons la transpiration la moiteur 
Le goût âpre du sang dans la bouche


La plaie béante et suintante 


Agonie irréversible


Enfance – avortée.








Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire